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Affichage des articles du décembre, 2011

L'inquiétude du cheval

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Il est des cas où nous faisons comme les chevaux (…) et sommes pris d'inquiétude : nous voyons notre ombre danser devant nous.  [L'homme] doit cesser de sevoir, s'il veut tout simplement voir”.  Friedrich Nietzsche



Tout est structure

Je ne fais que passer

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Je repense souvent à ces mots, dans Cyrano de Bergerac, à la fin de sa tirade des “non merci” : il s'agit de quelques vers qui résument à eux seuls l'essentiel de ce qu'il faudrait faire dans la vie. “Mais… chanter,  Rêver, rire, passer, être seul, être libre Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre, Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers, Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers ! (…) N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît, Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit, Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Dans la suite de verbes qui introduit cet extrait, il y en a un qui attire mon attention : c'est le verbe “passer”. C'est étonnant, pour un personnage aussi original, puissant, courageux, qu'est Cyrano de Bergerac, d'accorder une telle importance au simple passage, qui semble le propre des êtres insignifiants.

Soit dit en passant
Les passant…

Adieu minette

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Une nouvelle année s'achève

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Les derniers jours de 2011. Dans moins d'une semaine, tout ce qui s'est passé cette année pourra être clôturé, classé, mis au placard. On jettera les calendriers périmés, les agendas vétustes, les plannings complétés. En quelques heures, ce qui occupait pleinement notre attention deviendra de l'histoire ancienne.
Le temps s'écoule.
Je me souviens d'un tee-shirt que j'avais à la fin des années 90, sur lequel il y avait cette inscription : “j'aurai 14 ans en l'an 2000”. J'en ai 25 à présent, et j'aimerais retrouver ce vêtement (à ma taille, ce serait mieux) pour l'arborer fièrement. Ce serait assez stylé. La vie passe. Je ne me sens pas vieillir - il ne manquerait plus que çà ! -, mais j'observe différemment la pendule au salon. Je sais désormais qu'elle m'attend. J'entends les secondes chuchoter.
Souviens-toi !
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde chuchote : souviens-toi ! - rapide, avec sa voix d'insecte, main…

Contacts amoureux

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Il y a des moments de la vie où l'on ouvre un livre, au hasard, et l'on tombe sur un fragment de textequi correspond parfaitement à une situation vécue. Il y a même des livres qui semblent contenir à chaque page des fragments de ce type. Cet ouvrage de Roland Barthes en fait partie.  Page 81, il évoque génialement les contacts amoureux : ces premiers instants où l'on frôle la personne que l'on aime, subrepticement, avec tout ce que cela engendre. Comme Romain Duris dans Les Poupées russes, oui, voilà.
“CONTACTS. La figure réfère à tout discours intérieur suscité par un contact furtif avec le corps (et plus précisément la peau) de l'être désiré. 
Par mégarde, le doigt de Werther touche le doigt de Charlotte, leurs pieds sous la table se rencontrent. Werther pourrait s’abstraire du sens de ces hasards ; il pourrait se concentrer corporellement sur ces faibles zones de contact et jouir de ce morceau de doigt ou de pied inerte, d’une façon fétichiste, sans s’inquiéter de …

Best Fails of 2011

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Les Régis sont encore nombreux en 2011.

Rangement d'hiver

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Il y a des moments de la vie où l'on range un peu ses affaires, où l'on classe les papiers de son existence, où l'on ouvre les tiroirs du quotidien pour y mettre de l'ordre. Il y a tout juste deux ans, je quittais Lille, et je me souviens bien de cette période : je faisais mes cartons dans le petit studio que j'occupais alors, tandis que la neige venait recouvrir la ville d'une fine couche blanche qui allait bientôt renforcer mon sentiment mélancolique. 
Ranger le vrac existentiel
Comme la plupart des personnes, je suis suffisamment désordonné dans la vie de tous les jours pour bénéficier d'un réel changement quand je me mets à ranger un peu ce vrac existentiel. C'est une bonne chose, je pense.

Il y a les rangements de printemps, et les rangements d'hiver. Ces derniers sont souvent plus nostalgiques. Le renouveau n'est pas encore là ; l'immobilité des choses, le froid, les bourrasques de vent qui balayent les trottoirs glacés, les lumières ur…

Soundtrack 2 my life

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Quitter Facebook est un fantasme

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Oh my God, nous sommes bientôt en 2012, et Facebook existe toujours. Contrairement à ce que certains annonçaient, le réseau social ne faiblit pas. 772 millions de personnes sont désormais inscrites sur la plate-forme communautaire, 24 millions en France (soit près d'un internaute sur deux). Les marques y sont omniprésentes. Les médias en parlent sans cesse, et sans l'intervention du CSA les JT de France 2 ou de TF1 continueraient (comme c'est le cas sur CNN ou BBC) de faire de la publicité pour LE réseau social par excellence. 
Facebook : une évidence
Pour la nouvelle génération, Facebook est aussi naturel que le téléphone portable ou Internet. C'est comme si ça avait toujours existé, et ça existera sans doute toujours. Ce n'est pas impossible, d'ailleurs. Tous les empires sont habituellement périssables, mais comme je le disais dans un précédent article, ce site suit le chemin du Frigidaire : il devient générique, incontournable, éternel.

Pas de déclin, si ce n…

Brumes et Pluies

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Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue, Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.
Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue, Où par les longues nuits la girouette s'enroue, Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau Ouvrira largement ses ailes de corbeau.
Rien n'est plus doux au cœur plein de choses funèbres, Et sur qui dès longtemps descendent les frimas, Ô blafardes saisons, reines de nos climats,
Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres, - Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux, D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.
Baudelaire

Comme par hasard

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J'ai toujours été convaincu que la plupart des choses arrivent par hasard. Cela ne signifie pas sans raison, bien sûr : il y a nécessairement une cause, une origine, un motif. Mais ce qu'on récolte en fin de compte, bien souvent, est avant tout le fruit d'un concours de circonstances, à mon avis. On ne réussit qu'à condition ; et si l'on peut parfois mettre les chances de son côté, on ne peut garantir un succès au préalable.Il faut accepter la potentialité d'un échec. Il faut se convaincre que certaines incidences nous échappent, que tout n'est pas contrôlable. 
The future's not ours to see
Habituellement, on fait précisément le contraire.
On cherche à mesurer, à prédire, à prévoir, à calculer les probabilités, à analyser les courbes d'évolution. On refuse de ne pas savoir par avance, on réfute le que sera, sera, on rejette les aléas. C'est la raison pour laquelle on peine à s'endormir la veille d'un examen, d'un entretien, ou d'u…

Göttingen

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The gift

Le sens de la communication

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Je me souviens d'un professionnel de la communication venu nous voir pour nous expliquer son métier. J'étais encore étudiant, et suivais un master qui me destinait à ce domaine d'activité. J'étais donc attentif à ce qu'il était venu nous dire. C'était un soir d'automne, à Lille, dans une salle de classe.
Ce qui m'avait marqué, c'était un aparté en apparence secondaire, mais qui reflétait l'état d'esprit de cet intervenant : il nous avait confié qu'il était difficile de donner du sens à son métier, quand on travaille dans la communication.

Le risque du métier

Il nous alertait en particulier sur un risque réel, selon lui : après plusieurs années en agence “à vendre des idées à des clients” - fussent-elles bonnes -, “on a un peu le sentiment que l'on produit du vent, qu'une idée en chasse une autre, qu'il n'y a pas de sens à tout ça”. Je retenais la leçon.
La quête de sens est loin d'être réservée aux métiers de la commun…

Swing of Change

Le hasard d'une rencontre

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Ces derniers temps, j'ai rencontré de nombreuses personnes. Si je me contente du milieu professionnel, par exemple, j'en compte déjà plusieurs dizaines. Plusieurs dizaines d'individus, plusieurs dizaines de consciences, plusieurs dizaines de visages ; autant d'histoires, autant d'existences, autant de parcours singuliers. Bien sûr, certaines de ces rencontres sont demeurées quelque peu superficielles : je ne pourrais pas dire que je connais toutes ces personnes. À défaut, pour l'instant, je les reconnais. Et c'est déjà beaucoup.
Je devine certains aspects de leur vie présente ou passée, je découvre certains détails de leur intimité, j'imagine certaines de leurs pensées, en scrutant parfois leur réaction, leur regard, leur manière de parler. Il est toujours intéressant d'observer ses semblables. Il va de soi que je me trompe sur eux, la plupart du temps. Comme eux se trompent sur moi. Comme chacun se trompe sur l'autre.
[Note à moi-même : je déco…

Il a plu

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La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c'est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. À peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d'un grain de blé, là d'un pois, ailleurs presque d'une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d'un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d'un ruis…

Dessert

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