Accéder au contenu principal

Articles

Derrière les mots et les images des médias sociaux

J amais il n'y avait eu de si longues périodes de silence sur mon blog. Aucun post depuis février. Je crois que j'avais besoin de prendre un peu de recul. De m'interroger aussi sur ma présence en ligne. Allez savoir si c'est l'âge - le mien, d'ailleurs, ou celui d'Internet - ou autre chose encore : mais on finit par se poser des questions sur ces mots qu'on donne à lire. C'est sans doute à force de consulter les plateformes sociales. Toutes ces images, ces vidéos, ces sourires affichés, qu'on voit quotidiennement. En sachant aussi ce qu'ils cachent. C'est notre époque : nous possédons des outils de plus en plus performants pour communiquer, mais ce que nous communiquons est souvent loin de ce qui nous anime véritablement. Souvent loin de ce que nous sommes. En résulte sans doute parfois un certain mal-être, qui est compensé par ces mêmes outils numériques nous offrant des solutions de méditation ou des cures de sommeil. C'est la montr
Articles récents

La force de ce qui n'existe pas

  Combien de bâtons nous mettons-nous nous-mêmes dans nos propres roues ? Quand nous sommes de mauvaise humeur , par exemple, que nous interprétons chaque événement d'une journée à l'aune d'un sentiment diffus, incompréhensible, qui nous échappe en partie. Les portes du métro se ferment un matin sous mon nez, à l'instant même où j'arrive sur le quai, et c'est toute ma journée qui s'en trouve chamboulée ; chaque micro-élément fâcheux venant alors confirmer que ce jour était destiné à être maussade.  " La plupart de nos ennuis sont notre création originale ", écrit Paul Valéry dans Tel Quel . Nous sommes bien souvent nous-mêmes à l'origine de ce qui nous arrive et incontestablement à l'origine de la façon dont nous vivons ce qui nous arrive. La réalité brute est rarement ce qui est en jeu. Ce sont nos impressions, nos sentiments, nos doutes, nos névroses, nos inquiétudes qui sont la plupart du temps à l'œuvre.  " I got ninety-nine pr

Aux confins du confinement

C 'est marrant, quand on y pense. On parle de confinement, mais on pourrait tout aussi bien parler d'enfermement. On accepte le mot, on accepte le concept, alors-même qu'il nous semblait complètement étranger il y a à peine un an. C'est devenu une norme, comme le couvre-feu, comme l'état d'urgence, comme la crise, comme le chômage.  On nous parle d'un confinement "très serré" - ce qui nous fait un peu peur - puis d'un confinement "hybride" - ce qui ne nous rassure pas tout à fait. Comme on nous parlerait d'une baguette "pas trop cuite" ou d'un steak "saignant". L'adjectif vient entériner le nom dans le langage courant. "La rêverie confine au sommeil et s'en préoccupe comme de sa frontière". Victor Hugo Le confinement, étymologiquement, ça vient de "confins". Ça signifie qu'il y a des bordures, des frontières. On demeure dans un espace limité ; il nous est interdit de franchir

Que vais-je devenir ?

L orsque j'avais un peu moins de vingt ans, dans ma chambre de bonne, je me demandais ce que j'allais devenir. J'étais en hypokhâgne, je lisais - par centaines - les œuvres de ces écrivains, philosophes, géographes, entrés dans l'Histoire. Eux avaient réussi à marquer leur époque. Je n'étais qu'un étudiant,  au cœur de la nuit, s'efforçant de réussir - non pas sa vie - mais la dissertation à remettre le lendemain matin.  Toujours en devenir Près de quinze ans plus tard, je me demande si j'ai une réponse à cette fameuse question : que vais-je devenir ? La pression n'est plus la même, bien sûr. J'ai fait du chemin, j'ai fait des choix, j'ai suivi une certaine orientation . J'ai accompli un certain nombre d'actions. J'ai parfois su saisir ma chance. Malgré tout, si je me replace dans mes considérations de l'époque, je ne crois pas être déjà devenu celui que je souhaitais devenir. Je ne suis pas sûr de vouloir devenir, au sens

Ni pour, ni contre, bien au contraire

C ela fait un moment qu'aucun mot n'a été écrit sur ce blog. Les années passent. Je perds cette - bonne - habitude. Plus globalement, je partage moins mes pensées, mes envies, mes doutes sur les médias sociaux. J'ai un peu du mal à me positionner dans les débats quotidiens, un peu du mal à entrer dans l'arène des polémiques diverses, des controverses incessantes. Je n'ai plus envie ni d'être pour, ni d'être contre. Je ne réclame ni la démission d'untel, ni ne m'emballe pour le respect de la présomption d'innocence.  Je rêve de nuance, de précision, d'intelligence, de juste mesure. Je rêve de discussions, de conversations, où l'on prend autant de l'autre qu'on ne contribue soi-même à faire avancer une juste cause. Les duels exacerbés, systématiques, m'usent peu à peu. J'imagine que je ne suis pas le seul dans cette situation, à contempler sans mot dire les violentes échauffourées des plateformes sociales. Le temps de la jou

La semaine de mes souvenirs

J 'aime de temps en temps penser aux souvenirs qui restent. On vit plusieurs centaines de milliers d'heures dans une vie. Pourtant, seuls quelques moments déterminés demeurent. Du haut de mes 33 ans, mises bout à bout, les heures de mes souvenirs ne forment pas une semaine. J'ai vécu tant d'histoires, tant d'événements, et si peu viennent s'ancrer dans ma mémoire malgré tout.  Il y a les souvenirs qu'on ne choisit pas. Les moments d'émotions fortes provoqués par des accidents, des imprévus, des malheurs soudains. Ces souvenirs auxquels, pour le coup, on n'aime pas trop songer ; mais qui sont bien là, et qui nous accompagneront désormais jusqu'au bout sans doute. Lorsque la vie nous échappe, qu'on ne peut que subir ce qui advient.  Il y a de l'autre côté les souvenirs dont on est la cause première. Ce qu'on a accompli nous-mêmes. Ce qu'on a imaginé puis réalisé. [Lire : accomplir pour s'accomplir ]. Ce qui reste, par la force d

Puisqu'il faut vivre avec

J e ne sais même pas par où il faudrait commencer. Ce n'est finalement pas simple d'écrire face à une situation inédite, imprévisible, surprenante, historique. J'ai plutôt l'habitude de décrire ici de petits aspects du quotidien, de partager des réflexions personnelles, sans grande prétention. Soudain, le monde s'écroule. Tenir un blog en pleine crise sanitaire mondiale apparaît quelque peu illusoire.  J'écrivais pourtant, sur ce même blog, il y a plusieurs années maintenant, ce sentiment de vivre depuis ma naissance le temps des crises perpétuelles . J'entendais parler depuis toujours - du moins était-ce mon sentiment - de crise. Crise de l'éducation nationale, crise du travail, crise identitaire, crise de l'hôpital, crise écologique bien sûr, crise migratoire, crise économique, j'en passe et des meilleurs. La crise était devenue la norme. Et c'est de nouveau le cas, il me semble. Nous vivons l'époque d'une crise continue.