Articles

Puisqu'il faut vivre avec

Image
Je ne sais même pas par où il faudrait commencer. Ce n'est finalement pas simple d'écrire face à une situation inédite, imprévisible, surprenante, historique. J'ai plutôt l'habitude de décrire ici de petits aspects du quotidien, de partager des réflexions personnelles, sans grande prétention. Soudain, le monde s'écroule. Tenir un blog en pleine crise sanitaire mondiale apparaît quelque peu illusoire. 
J'écrivais pourtant, sur ce même blog, il y a plusieurs années maintenant, ce sentiment de vivre depuis ma naissance le temps des crises perpétuelles. J'entendais parler depuis toujours - du moins était-ce mon sentiment - de crise. Crise de l'éducation nationale, crise du travail, crise identitaire, crise de l'hôpital, crise écologique bien sûr, crise migratoire, crise économique, j'en passe et des meilleurs. La crise était devenue la norme.
Et c'est de nouveau le cas, il me semble. Nous vivons l'époque d'une crise continue. Le confinem…

Ensemble, face à la nuit

Image
Dans la nuit profonde de ce mois de décembre, intense, encore légèrement pluvieuse, je m'enfonce. Mon pull en laine, mon manteau et mon écharpe me permettent de résister aux bourrasques des boulevards. Une nouvelle fois, je rentre à pieds du travail. Comme tous ces autres qui - depuis quelques jours - partagent avec moi ces trottoirs détrempés, eux-mêmes emmitouflés pour échapper aux froides gifles de vent. La nuit, du matin au soir J'avais mis mon réveil tôt ce matin, pour aller au sport, et commencer ainsi la semaine dans une forme olympique. En ouvrant les yeux dans l'obscurité dense de ma chambre, j'ai d'abord hésité. Le bruit de la pluie sur les toits a alors redoublé. Les dieux de l'Olympe semblaient avoir un autre programme pour moi ce matin. J'ai donc bu mon café tranquillement.
C'est dans cette nuit d'hiver que l'on passe le plus clair de notre temps, en ce moment. Cela crée de nouvelles impressions et de nouvelles envies. Face à l'o…

Il suffit pour ça d'un peu d'imagination

Image
J'étais suspendu à ce secret, à cette formule magique qui promettait de libérer tous les possibles. J'ai rarement ressenti depuis cette même impatience. Je crois me souvenir assez bien de cette impression, même si je n'étais encore qu'un jeune garçon ; et l'on sait à quel point l'esprit d'un enfant peut-être éloigné de celui d'un adulte cartésien qui a appris à raisonner.
Une formule magique Il faut dire que mon grand frère semblait connaître le secret du monde. Ce n'était pas rien. Forcément, je brûlais de connaître cette mystérieuse vérité.

Il avait commencé par une question, qui disait en substance : "n'as-tu jamais rêvé de pouvoir réaliser tous tes désirs, de pouvoir voyager dans les étoiles, de pouvoir accéder à ce qui te semble inaccessible ?". Son regard pénétrant me donnait réellement le sentiment qu'il était sérieux. Ce n'était pas pour se moquer, cette fois, ni pour s'amuser de ma naïveté.

“Sans imagination, l’amour…

Pourquoi j'aime la Poésie

Image
Je ne saurais expliquer comment m'est venue l'envie d'apprendre par cœur des poèmes, quand j'avais une dizaine d'années. Bien sûr, il y avait des livres chez moi. Des bibliothèques qui accordaient une place non négligeable à la poésie. Bien sûr, j'aimais ces recueils, qui s'ouvraient d'eux-mêmes aux pages les plus précieuses, offrant ces mots qui disaient tout en disant peu. "Il faut peu de mots pour dire l'essentiel". Bien sûr, j'avais la chance d'avoir, à portée de la main, Aragon, Baudelaire, Éluard, Reverdy ou Rimbaud.
Et puis, il y avait mon arrière-grand-père, cet héritage culturel transmis dès le plus jeune âge. Ce Victor Segalen dont je pouvais parcourir les ouvrages originaux. Pour sentir ce papier proche d'un papyrus, soigneusement plié entre deux plaques de bois fines que tenait jointes un ruban. Ça aide, d'avoir ainsi dès l'enfance une admiration pour l'écriture. Et une raison supplémentaire de lire des …

Un soupir d'automne

Image
Passent les jours, et passent les semaines. Cette étrange sensation d'avoir déjà vécu une centaine de fois ce retour de l'automne. J'ai déjà envie de sortir le radiateur du placard. De ranger mes vêtements d'été sous le lit et de m'emmitoufler dans des pulls chauds et des écharpes soyeuses. 
Ça vient super vite, cette envie d'infusion, de plaid, de série à deux sous la couette. En même temps, viennent ces impressions familières, ces parfums, cette atmosphère automnale. Ces lumières, quand le soir tombe plus tôt et que les phares des voitures et des feus tricolores dansent autour des passants. Si seulement Rimbaud ou Verlaine étaient encore là pour mettre les mots sur ces sensations-là. 
Suis-je bête ? Ils sont encore là :
"Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne, Tant il fait doux par ce soir monotone". Paul Verlaine
Je mesure aujourd'hui à quel point cette saison m'a souvent inspiré des billets. Un automne jonché de tâches…

Parler vrai

Image
Quelques semaines après avoir commencé la vie active, lorsque j'avais vingt-quatre ou vingt-cinq ans, une grande campagne de communication a été lancée dans la banque où je travaillais comme Social Media manager. 
Des affiches, des spots TV, des publicités online, des dispositifs innovants… l'artillerie lourde avait été sortie pour mettre en avant une formule qui devait marquer les esprits et convaincre, dans un contexte de défiance vis-à-vis des institutions financières.  Cela se résumait à deux mots : Parlons Vrai.


Cette formule m'est revenue à l'esprit récemment.  Bien sûr, beaucoup de choses ont changé depuis. La crise de 2008 est loin derrière nous, la communication n'est plus le cœur de mon activité professionnelle, j'ai quitté la banque en question et, plus généralement, de l'eau a coulé sous les ponts. J'ai pourtant repensé à ces deux mots, mis l'un à côté de l'autre : "Parler vrai".
Il arrive, si souvent, de ne pas dire les ch…

Quand finit l'indifférence

Image
Je n'ai aucune idée de ce qui va être écrit dans ce billet à l'instant où je commence cette phrase. Je n'ai pas envie cette fois de me poser trop de questions. On peut tout à fait écrire ce qui vient, tel quel, sans travail, sans fioritures, sans dentelles. L'inconscient décide pour nous ce qui viendra se figer sur la feuille blanche. L'idée jaillit sans qu'on sache très bien pourquoi.
Spotify m'a envoyé une notification cette semaine, pour me pousser un nouveau podcast. Un podcast sur Gainsbourg, en plusieurs épisodes. J'aime bien Gainsbourg. Et j'aime bien les podcasts. Je l'ai donc écouté sans plus attendre, sur mon trajet entre mon bureau et mon domicile. Il faisait particulièrement beau, je rentrais à pied. Cheveux ébouriffés, les poings dans les poches, les écouteurs dans les oreilles.
C'était intéressant. J'ai découvert ce que j'ignorais : Gainsbourg a peiné pour percer. Genre vraiment. Il a enchaîné les bides. Année après ann…