mardi 21 mai 2013

Le contraire serait-il possible ?


Au lieu de la pluie perpétuelle, du froid qui revient, pourrait-on avoir un printemps étrangement merveilleux - surprenant selon l'avis de tous les spécialistes - déroutant même ? Une température légèrement au-dessus des normales saisonnières ? Pas un réchauffement climatique inquiétant, non,  pas de canicule, juste un ciel bleu, une douce atmosphère et un soleil étincelant ?

Au lieu de la crise incessante, pourrait-on envisager une prospérité retrouvée, une croissance nouvelle, des emplois créés par millions, des entreprises en plein essor, des projets à tire-larigot, une administration modernisée, un dynamisme collectif ?

À la place des études actuelles qui démontrent que les Français sont pessimistes, désespérés, inquiets sur leur avenir, ce serait bien d'avoir des sondages affirmant le contraire : des compatriotes enjoués, motivés, décidés à changer les choses, heureux de vivre dans l'une des premières puissances mondiales, convaincus que ce qui vient est mieux que le passé ou que la situation présente…

Un monde inversé, en quelque sorte. Du moins sur un certain nombre de points.

La réalité est telle qu'elle est, bien sûr. Le monde en lui-même nous est livré de façon brute, sans qu'on puisse a priori y faire grand chose. Il faut s'y faire.

Mais, parfois, quand tout le monde broie du noir, imaginer le contraire est une bonne manière de voir la vie en rose.


lundi 20 mai 2013

Devos

vendredi 17 mai 2013

Le Personal Branding Trash

Il est, après tout, très simple de faire parler de soi, de nos jours. La célébrité est à la portée du premier psychopathe venu. 
  • Vous pouvez poignarder un soldat dans le sud de Londres et lui découper la tête avec une machette, par exemple, puis demander aux passants de vous filmer et de vous mettre sur Youtube, en leur expliquant calmement les raisons de votre acte, comme si tout était normal, et que vous n'aviez rien à vous reprocher.
  • Vous pouvez vous tirer une balle dans la bouche, à l'intérieur de Notre-Dame, également. On parlera de vous quelques jours, on donnera votre nom, alors que vous n'étiez plus connu par personne, à part quelques personnalités d'extrême-droite. Votre acte aura beau être parfaitement immoral et vulgaire, certains vous considéreront avec admiration, qui sait ?
  • Vous pouvez aussi vous faire sauter la cervelle dans une cour d'école. Vous ferez l'ouverture du 20h. Le lendemain matin, Le Parisien publiera en “une” votre geste, avec un dossier complet racontant votre histoire, et présentant une infographie pour informer le lecteur dans le détail. Le président de la République évoquera votre mort, honneur posthume. Le ministre de l'intérieur sera interrogé sur la façon d'éviter que cela se reproduise, à l'avenir - en dépit du caractère imprévisible de votre acte - et il sera contraint d'expliquer aux journalistes qu'il est difficile de mettre des portiques de sécurité à l'entrée de toutes les écoles de France.
  • Vous pouvez aussi manger votre partenaire sexuel canadien, et fuir en Europe. Si votre fugue dure suffisamment longtemps, tout le monde aura peur de se faire manger par vous, et les médias accorderont toute leur attention sur votre personne, votre parcours, votre profil Facebook, vos vidéos Youtube, etc. Des blogueurs publieront la vidéo de votre déjeuner cannibale, pour gagner du trafic [lire : “l'éthique s'efface toujours derrière Google Analytics”].
  • Si vous n'avez pas faim, vous pouvez fabriquer une bombe artisanale avec une cocotte minute et tuer des gens qui ne vous ont rien demandé, et qui couraient tranquillement un jour de beau temps, pour un marathon bostonien. Tout le monde parlera de vous, on vous filmera en Night Mode depuis un hélicoptère, on lira vos tweets, et le FBI montrera les photos de votre cocotte minute à la télévision.

Si vous n'êtes pas bricoleur, ou que vous n'avez pas de cocotte minute, ou que vous n'aimez pas la chair humaine, et que vous n'êtes pas suicidaire, ni particulièrement exhibitionniste, vous pouvez aussi tenter de devenir quelqu'un de bien. Non, je ne parle pas d'entrer en religion, et de faire du porte-à-porte pour évangéliser vos bien chers frères. Simplement, vous mettre à écrire, par exemple, ou dessiner, ou prendre des photos. 



Les journaux ne parleront pas de vous avant un moment, et alors ? La célébrité, c'est so XXe siècle

Outre les dérangés cités ci-dessus, la gloire appartient aujourd'hui à Lady Gaga, Justin Bieber et un coréen quarantenaire qui fait la danse du cheval. Alors oubliez la célébrité, et devenez celui ou celle que vous êtes vraiment, en vous efforçant de faire de grandes et belles choses. 

Ou sinon - c'est aussi une option -, vivez tranquillement une petite vie discrète, tout à fait heureuse.



lundi 13 mai 2013

La Jeune Captive


“L'épi naissant mûrit de la faux respecté ;
Sans crainte du pressoir, le pampre, tout l'été
Boit les doux présents de l'aurore ;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,
Je ne veux point mourir encore.

Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,
Moi je pleure et j'espère ; au noir souffle du Nord
Je plie et relève la tête.
S'il est des jours amers, il en est de si doux !
Hélas ! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts ?
Quelle mer n'a point de tempête ?

Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m'endors,
Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
(…)

Mon beau voyage encore est si loin de sa fin !
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J'ai passé les premiers à peine,
Au banquet de la vie à peine commencé,
Un instant seulement mes lèvres ont pressé
La coupe en mes mains encor pleine.

Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson ;
Et comme le soleil, de saison en saison,
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,
Je n'ai vu luire encor que les feux du matin ;
Je veux achever ma journée.

Ô mort ! Tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi !
Va consoler les cœurs que la honte, l'effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Pour moi Palès encore a des asiles verts,
Les Amours des baisers, les Muses des concerts.
Je ne veux point mourir encore”.

Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois
S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,
Ces vœux d'une jeune captive ;
(…)

Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,
Feront à quelque amant des loisirs studieux
Chercher quelle fut cette belle :
La grâce décorait son front et ses discours,
Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours
Ceux qui les passeront près d'elle.” 

André Chénier



mardi 7 mai 2013

Quelques mots


Il y a des mots que l'on n'oublie pas. Des mots qui s'inscrivent longtemps dans la mémoire, car ils trouvent toute leur place. Une phrase, lâchée innocemment, un regard qui se perd, une voix ; et tout cela vient se glisser quelque part, dans le cortex cérébral, pour former un souvenir.

C'est la raison pour laquelle j'accorde une place importance à la poésie sur ce blog. Quelques mots, presque rien, et l'on retrouve, au choix : un sentiment amoureux, une nostalgie profonde, une impression de connaître le monde dans son caractère le plus universel.

Derrière chaque mot, quel qu'il soit, il y a une conscience qui s'exprime. Et de temps en temps, cela allume quelque chose dans une autre conscience. Il y a ceux qui parviennent à lire entre les lignes - que j'aime cette expression ! -, ceux pour qui les mots ont un sens particulier.

Des mots petits, tellement petits, qu'ils ne riment que pour moi… qu'ils ne riment que pour toi… qu'ils ne riment que pour nous”, chantait Jeanne Moreau. Et je pourrais parler des mots de Ferré, également : ces “mots des pauvres gens” qui vous disent tout bas : “ne rentre pas trop tard, surtout, ne prends pas froid !”.


Je ne sais pas s'il y a des gens, sur Terre, qui se souviennent précisément de mots prononcés par moi. Peut-être. Ce n'est pas si important que ça, bien sûr, mais ce serait rassurant, disons. Un peu comme il est rassurant de savoir qu'il arrive à des personnes de penser à vous, de temps en temps.

En attendant, vous pouvez vous servir, sur ce blog.
 Tous les mots sont écrits pour vous.


lundi 6 mai 2013

Le Fou et la Vénus



  “Quelle admirable journée! Le vaste parc se pâme sous l'oeil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour. 

   L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit ; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.


   On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets ; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre comme des fumées. 

   Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé. 

   Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse. 

   Et ses yeux disent: - “Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. 
   Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beauté ! Ah! Déesse ! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire !”
   Mais l'implacable Vénus regarde au loin je-ne-sais-quoi avec ses yeux de marbre”.


Charles Baudelaire.

samedi 4 mai 2013

Les ombres de ma vie parcourue


Il arrive un moment, dans la vie, où l'on prend soudain conscience que cela commence à faire un certain temps. Du jour au lendemain, ou presque, on découvre que telle histoire d'amitié dure depuis bientôt dix ans, par exemple. Dix ans. Jusque là, quand on n'avait qu'une vingtaine d'années d'existence, rien n'était jamais trop pérenne. 

Progressivement, on mesure le temps qui passe. Il y a des personnes que je connaissais à une autre époque de leur vie. J'ai des images - des photos, des vidéos, ainsi que des souvenirs - qui me permettent de me figurer leur vie d'alors.

Depuis des années

Il y a des gens avec qui j'échange depuis quatre ans sur Twitter. Un jour, je dirai peut-être : “il y a des gens avec qui j'échange depuis quarante ans sur Twitter” (combien aurai-je de followers à ce moment là ? - je n'ose y penser).

Cela commence à faire un certain temps que je vis à Paris - même si j'ai passé quelques temps à Lille, au cours de mes études. Je connais ces rues, ces boulevards que j'arpente jour après jour. Je suis passé des centaines, voire des milliers de fois à certains endroits. J'ai été dans ces jardins, je me suis assis à la terrasse de ces cafés, j'ai déjeuné dans ces restaurants, j'ai bu dans ces bars, j'ai ri et pleuré dans ces salles de cinéma.


Je repense souvent à ce clip génial de Kylie Minogue, et je m'imagine ces autres moi, ces Basile âgés de 6, 12, 15, 18 et 24 ans, marchant à mes côtés. 

Alter ego

Fantômes de moi-même, images jamais archivées de ma propre personne, passée par ici, repassée par là. Ce sont les ombres de ma vie parcourue.


Sur le Pont Neuf j'ai rencontré
L'ancienne image de moi-même
Qui n'avait d'yeux que pour pleurer
De bouche que pour le blasphème”. 

Avec Instagram, je peux aujourd'hui figer certaines images entr'aperçues. Cela change un peu la donne. Avec ce blog, je peux relire certaines impressions passées. Revivre certaines histoires. Mais aucun outil technologique ne remplacera jamais le simple souvenir qui revient, au détour d'un boulevard, un soir de printemps, sans prévenir.

Et heureusement.


mercredi 1 mai 2013

"Écrire un article sur le déclin de Facebook" Pour Les Nuls


Ah, l'éternel retour du déclin facebookien ! C'est devenu une habitude journalistique. À force de prédire la mort d'un site Internet ou d'un réseau social, vous finirez bien par avoir raison un jour.  Il est donc tout à fait justifié de répéter année après année que le premier réseau social au monde est mortel. L'exercice est assez simple…
  • Étape 1 :
Partez du postulat que Facebook s'essouffle et finira par péricliter.
Cela vous permet de commencer par écrire le titre de votre article : “La fin de Facebook est-elle proche ?”, par exemple.
La forme interrogative est essentielle. Cela vous autorise à dire ce que vous voulez ensuite, sans prendre le risque de vous tromper lamentablement, comme tous vos collègues qui ont annoncé la décadence facebookienne ces cinq dernières années.
  • Étape 2 :
Observez les chiffres de fréquentation aux États-Unis. Rien de plus simple : il suffit de faire une recherche Google. Le premier résultat sur lequel vous tomberez est un site tout à fait fiable - socialbakers - où vous trouverez toutes les stats nécessaires. Le journalisme d'investigation est aujourd'hui à la portée du premier venu.

Bien entendu, ne prenez pas en compte les chiffres qui contredisent votre thèse. Qu'importe que des millions de personnes rejoignent la communauté au Brésil ou ailleurs, ce qui est important, c'est là où il y a quelques signes de ralentissement ; c'est-à-dire dans les pays où le réseau est déjà largement implanté, depuis plusieurs années.
  • Étape 3 :
Feignez d'analyser les causes d'un tel essoufflement. Première cause : l'apparition de nouvelles plateformes sociales, comme Twitter, Path, ou Pinterest. Vous pouvez même parler du succès d'Instagram, qui va pourtant totalement à l'encontre de votre postulat, puisque Facebook a racheté cette application. Deuxième cause : les craintes des utilisateurs vis-à-vis de l'exploitation de leurs données personnelles. Troisième cause : la progression du mobile, qui pourrait bien fragiliser un réseau social d'abord fondé sur le Web.
  • Étape 4 :
Glissez le syllogisme suivant, qui sera l'argument principal de votre article, aussi absurde soit-il : 
A - Facebook connaît un succès phénoménal, et une immense popularité.
B - Par le passé, certains sites très populaires ont fini par décliner.
C - Facebook finira par décliner, puisqu'il est populaire.
  • Étape 5 :
Vous pouvez conclure tranquillement en rappelant les inquiétudes des investisseurs au moment de l'introduction de Facebook en bourse.
De toute façon, votre article aura du succès, nécessairement, car la plupart des personnes se diront : “c'est vrai, Facebook me lasse un peu, ces derniers temps”.

Et pour vous signaler leur approbation, elles feront machinalement ce qu'elles font quotidiennement : elles appuieront sur “like”, en dessous de votre article, sans même s'en rendre compte.


The Guardian vient ainsi de nous pondre un énième article sur le thème “Facebook pourrait bien connaître le même sort que MySpace, dans les prochaines années”. J'aime bien ce journal. Mais en l'occurrence, je n'écris pas sur le déclin d'un quotidien qui a perdu 33 millions de £ en 2010, et qui a mille fois plus de chances de mourir après-demain qu'un réseau qui compte plus d'un milliard de membres dans le monde.

Ah, et pour être tout à fait clair : je n'aime pas particulièrement Facebook. Je n'ai aucune action dans cette entreprise. Je préfère de loin Twitter. Mais j'aimerais que les journalistes comprennent une chose : Facebook répond à certaines attentes bien spécifiques :
Un réseau social relativement fermé, où l'on peut partager des nouvelles avec ses proches aisément, en sachant qu'ils auront tous (ou presque) un compte sur la plate-forme.

Tant que cela sera le cas, je continuerai de croire que Facebook est un empire impérissable.