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La foule familière de passants inconnus

Je ne sais pas combien je croise de gens, tous les jours. Je vis dans le 11ème arrondissement de Paris, je travaille la plupart du temps dans le 13ème ou le 19ème. Mais je passe mes journées à bouger, à marcher d'une station de métro à l'autre, à monter des escalators, à en descendre. Cette foule d'étrangers qui passe sous mes yeux, quotidiennement, m'est familière. Pris individuellement, j'ai l'impression de n'avoir jamais croisé auparavant ces personnes qui passent par là, ce jour-là, comme moi. Statistiquement, j'imagine pourtant qu'il y en a un certain nombre qui ont déjà croisé ma route, par le passé, sans que je n'en sache rien. Mais pris globalement, je les connais, tous ces gens.

Combien de fois, déjà, les ai-je observés, dans le bus ? Combien de fois ai-je joué à imaginer leur vie, leurs préoccupations immédiates, leurs angoisses respectives, leurs rêves ? Combien de fois ai-je cherché à savoir ce qui se passait, à cet instant précis, dans leur tête ? Combien de fois ai-je voulu deviner quelles étaient leurs chimères ?

Parmi toutes ces personnes, il y a celles qui éveillent davantage mon attention. Celles qui sortent du lot, que je soustrais délibérément à cette foule de grains inconnus. Celles que certains poètes ont aimé appeler "les passantes". 


Ce n'est pas forcément les plus belles personnes. Ce ne sont pas nécessairement des femmes, d'ailleurs. Ce sont surtout celles et ceux qui sont suffisamment mystérieux pour susciter des questions. Un air triste, un air gai, un sourire discret, une posture, une lecture originale… Ça peut être un simple détail, qui intrigue soudain. Un vêtement. Une musique que l'on devine, en crépitements.

J'ai passé pas mal de temps à bosser dans la rue, ces derniers mois. Dans le coin de la place de la Bastille - pour ceux qui suivent un tant soit peu mon activité professionnelle. Ce qui est assez marrant, quand on reste quelques heures, plusieurs jours, au même endroit, dans l'espace public, c'est à quel point on recroise des personnes, à plusieurs occasions. On reconnaît des visages. Ce n'est plus la même foule anonyme qui presse le pas pour échapper à la pluie, c'est ce vieil homme à la mine renfrognée, c'est cette femme généreuse qui nous avait offert un éclair au chocolat le premier jour de notre installation, c'est ce père à l'accent britannique qui rentre de l'école avec son fils, etc.


La foule sans visage n'existe que pour celui qui ne la regarde pas. Je pense qu'il faut prêter attention aux autres. Quels qu'ils soient. Et qu'il faut sourire, aussi, autant que possible. Même lorsque la pluie vient ruiner le joli mois de mai. Car il n'y a rien qui fasse plus de bien que de croiser un sourire, quand on rentre d'une dure journée.


Écrire mes envies


J'ai envie de marcher pieds nus, dans l'herbe du matin. 
J'ai envie de sourire.
J'ai envie d'avoir des heures libres devant moi, et à portée de main une pile de livres, de ces livres qui ont une odeur quand on les ouvre.
J'ai envie de soleil, avec une chaise-longue qui m'attend.
J'ai envie de chaleur, de framboises à cueillir.
Envie de nature, de montagnes, de pierres qui roulent sous les pieds.
Envie que la nuit vienne avant la fatigue, l'aube avant le réveil. Envie d'une soirée d'été, quand l'air est bon, et que l'on peut déambuler dans les rues illuminées de Paris, légèrement enivré, en chemise.
J'ai envie d'entendre le bourdon qui virevolte dans les fleurs du jardin. De voir la libellule sur l'étang.
Envie de suivre du regard le chat qui s'égare dans l'herbe, qui disparaît un moment, que je devine aux aguets, qui bondit puis se tourne, et s'en va chasser plus loin.
J'ai envie de jouer aux échecs avec mon père et mes frères, au backgammon avec ma sœur, aux playmobil ou aux legos avec mes nièces et mes neveux.
J'ai envie de musique, de danse, d'insouciance, de jeunesse.
Envie de plonger dans l'océan, de rouler dans les vagues, de sentir l'eau salée qui ruisselle sur ma peau, de revenir vers la serviette qui m'attend sagement sur la plage, chaude de mon absence.
J'ai envie d'idées neuves, d'espoirs insoupçonnés, d'issues certaines, de renouvellement. Envie de nouvelles rencontres, de nouveaux chemins.

Je me souviens que je jouais à ce jeu, en khâgne, pour faire passer le temps qui semblait long, parfois. J'écrivais mes envies. Telles qu'elles. Sans chercher à les embellir ou à les travestir.

Quelquefois, il suffit d'écrire ses envies pour les vivre, par anticipation.
Une envie n'est pas faite uniquement pour être assouvie. Elle peut aussi être simplement envisagée.




Le bonheur est insuffisant


On connaît la formule. Il en faut peu pour être heureux. Je crois que c'est assez vrai. En omettant les accidents les plus tragiques que l'on rencontre au cours d'une existence - les drames humains auxquels nous sommes tous, à différents degrés, confrontés -, il suffit de peu de choses pour ressentir une certaine joie, un certain bien être. 

En cherchant "happiness" sur Google Images (ce qui m'a notamment permis de trouver l'illustration de cet article), on mesure bien qu'en matière de bonheur, il suffit souvent de presque rien. Les trois quarts des photos représentaient un homme ou une femme en train de lever les bras en l'air dans un rayon de soleil.

En suivant quelques règles, on peut vite se sentir en pleine forme. On peut vite atteindre un minimum ; en mangeant sainement, en dormant correctement, en respirant profondément.


Pourquoi donc sommes-nous si frustrés, si impatients, si désireux d'autre chose alors ? Tout simplement parce qu'on se contente rarement du bonheur. Le bonheur n'est pas un aboutissement en soi, ce n'est pas une raison de vivre. Le bonheur est ce qui permet de réaliser autre chose, de se dépasser, de construire.

Ce dont on a besoin, ensuite, c'est d'ivresse, et de donner un sens à son existence.
D'ivresse, surtout. Et je vous renvoie aux vers de Baudelaire à ce sujet : il faut être toujours ivre. Tout est là. Pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

D'un seul coup


Oui, l'eau paraît froide quand on y plonge le pied, tout d'abord. De loin, sur la plage, la mer nous semblait pourtant séduisante. On s'en rapprochait le cœur léger, en foulant le sable, certain d'y trouver une fraîcheur revigorante. Mais c'est moins facile, à présent que l'on sent la froideur de l'eau ; à présent que l'on voit les vagues de près qui montent jusqu'aux genoux. 

Dans la vie, il arrive souvent qu'on soit d'abord attiré par une situation, un changement, du renouveau.  En s'en rapprochant, cela devient de plus en plus excitant, tentant. Puis, quand on initie ce changement bel et bien, on en perçoit soudain les limites, et il peut arriver qu'on hésite, ou qu'on regrette. 

Je n'étais pas si mal, finalement, sur ma serviette, au soleil, sur le sable chaud. J'avais mon bouquin, mes lunettes noires, mes amis. J'avais la paresse, l'allégresse, le plaisir de savourer les vacances. À présent je suis dans une position moins agréable, dans l'eau qui m'assaille, de plus en plus haut, qui refroidit tout mon être.

Ce qu'il faut savoir faire, j'en suis convaincu, c'est décider. Si vous décidez un jour d'initier un changement, quel qu'il soit, sachez courir vers l'océan, et y plonger pleinement. La prudence peut vous inviter à mouiller votre nuque et vos avant-bras. Mais immédiatement après cela, allez-y d'un coup, sans attendre, sans craindre, mais en sachant que ce sera un énorme kiff une fois que vous serez complètement immergé. 

Quand enfin vous pourrez nager, sentir l'eau salée sur votre peau et à la commissure de vos lèvres.  Quand vous éprouverez la liberté, dans ce qu'elle a de plus beau, de plus précieux au monde. Quand vous pourrez étendre vos bras, vos jambes, et vous détendre par la même occasion. Puis sortir de nouveau pour vous allonger sur votre serviette, et sécher dans la tiédeur douce du soleil.

Le bonheur est rarement dans la transition. 
Il faut savoir y aller, d'un coup d'un seul.