Accéder au contenu principal

Mieux voir

Je me souviens très bien de ce qu'avait dit ma prof de philo, en hypokhâgne, en rendant les premières copies corrigées. Nous étions tous assis, face à elle, fraîchement sortis du Lycée, inquiets de ce premier résultat. Après quelques semaines de cours, les mines étaient déjà déconfites. Nous avions raison d'être inquiets, d'ailleurs. Les notes furent pitoyables. Les meilleurs d'entre nous s'en sortirent avec un sept ou un huit sur vingt. 

Sa voix fut douce, tranquille. Elle nous donnait l'un des meilleurs conseils pour l'année qui débutait. L'un des meilleurs conseils pour ma vie future, aussi : "Vous venez de buter sur une pierre. L'important, ce n'est pas la chute. L'important, c'est de ne pas trébucher, à l'avenir, sur la même pierre". 

Move on!

Je garde en mémoire ces mots, aujourd'hui. Ainsi que ceux de Jed Bartlet dans l'excellente série The West Wing. Là encore, il s'agit d'un conseil, prodigué à son staff : "Guess what? Mistakes are gonna be made. Minimize them. Fix them. And move on!". 

Pour éviter de faire plusieurs fois la même erreur, il faut avoir conscience de ce qui n'a pas marché. Analyser son échec. C'est souvent beaucoup plus facile à dire qu'à faire, et c'est pourtant essentiel, pour continuer d'aller de l'avant


Il faut aussi prendre conscience que l'échec est la condition du succès, comme je le défendais sur le blog de Nicolas Bordas il y a maintenant 4 ans (4 ans ! comme le temps passe vite…). Ce n'est pas grave de se planter. Du moment que l'on est capable de se relever, et d'éviter de faire une seconde fois la même erreur.

Là où ça devient compliqué, c'est qu'on n'est pas toujours responsable de son infortune. Un accident, ça arrive ; même lorsqu'on est le meilleur conducteur, qu'on a scrupuleusement respecté toutes les règles, toutes les procédures, toutes les précautions. On peut se vautrer lamentablement.

Conseil nietzschéen

Ce que j'aime dans cette phrase de ma prof de philo, malgré tout, c'est qu'elle donne à l'expérience une valeur considérable. Avec le temps, on ne progresse pas parce que l'on acquiert plus de choses, on progresse parce que l'on apprend à mieux voir.

On apprend à prendre du recul, à choisir des chemins qu'on sait moins boueux, à s'assurer qu'une branche tient avant de poursuivre l'ascension de l'arbre. On apprend à être plus vigilant, plus prudent, plus malin. Mieux voir, c'est aussi : voir différemment. Changer de perspective. Se fixer de nouveaux horizons. Sans oublier d'être attentif à l'indiscernable

C'était ma prof de philo qui m'avait donné ce précieux conseil. Et c'est un philosophe qui est venu, quelques temps après, compléter la formule. Ce philosophe, c'est Friedrich Nietzsche, et là aussi, je ne suis pas prêt d'oublier son avertissement :

"Que d'hommes se pressent vers la lumière non pas pour mieux voir, mais pour mieux briller !"

Merci à elle. Merci à lui.

© illustration : Forest | et vous pouvez la contacter en cliquant sur ce lien

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Puisqu'il faut vivre avec

J e ne sais même pas par où il faudrait commencer. Ce n'est finalement pas simple d'écrire face à une situation inédite, imprévisible, surprenante, historique. J'ai plutôt l'habitude de décrire ici de petits aspects du quotidien, de partager des réflexions personnelles, sans grande prétention. Soudain, le monde s'écroule. Tenir un blog en pleine crise sanitaire mondiale apparaît quelque peu illusoire.  J'écrivais pourtant, sur ce même blog, il y a plusieurs années maintenant, ce sentiment de vivre depuis ma naissance le temps des crises perpétuelles . J'entendais parler depuis toujours - du moins était-ce mon sentiment - de crise. Crise de l'éducation nationale, crise du travail, crise identitaire, crise de l'hôpital, crise écologique bien sûr, crise migratoire, crise économique, j'en passe et des meilleurs. La crise était devenue la norme. Et c'est de nouveau le cas, il me semble. Nous vivons l'époque d'une crise continue.

Derrière les mots et les images des médias sociaux

J amais il n'y avait eu de si longues périodes de silence sur mon blog. Aucun post depuis février. Je crois que j'avais besoin de prendre un peu de recul. De m'interroger aussi sur ma présence en ligne. Allez savoir si c'est l'âge - le mien, d'ailleurs, ou celui d'Internet - ou autre chose encore : mais on finit par se poser des questions sur ces mots qu'on donne à lire. C'est sans doute à force de consulter les plateformes sociales. Toutes ces images, ces vidéos, ces sourires affichés, qu'on voit quotidiennement. En sachant aussi ce qu'ils cachent. C'est notre époque : nous possédons des outils de plus en plus performants pour communiquer, mais ce que nous communiquons est souvent loin de ce qui nous anime véritablement. Souvent loin de ce que nous sommes. En résulte sans doute parfois un certain mal-être, qui est compensé par ces mêmes outils numériques nous offrant des solutions de méditation ou des cures de sommeil. C'est la montr

Ni pour, ni contre, bien au contraire

C ela fait un moment qu'aucun mot n'a été écrit sur ce blog. Les années passent. Je perds cette - bonne - habitude. Plus globalement, je partage moins mes pensées, mes envies, mes doutes sur les médias sociaux. J'ai un peu du mal à me positionner dans les débats quotidiens, un peu du mal à entrer dans l'arène des polémiques diverses, des controverses incessantes. Je n'ai plus envie ni d'être pour, ni d'être contre. Je ne réclame ni la démission d'untel, ni ne m'emballe pour le respect de la présomption d'innocence.  Je rêve de nuance, de précision, d'intelligence, de juste mesure. Je rêve de discussions, de conversations, où l'on prend autant de l'autre qu'on ne contribue soi-même à faire avancer une juste cause. Les duels exacerbés, systématiques, m'usent peu à peu. J'imagine que je ne suis pas le seul dans cette situation, à contempler sans mot dire les violentes échauffourées des plateformes sociales. Le temps de la jou