Aller de l'avant pour être heureux

24.7.14 Basile Segalen 0 Comments

"On ne va pas nier qu'on vit une période difficile, et que l'environnement maussade joue un rôle important dans notre ressenti individuel et collectif". Jean-Pierre Ternaux, neurobiologiste au CNRS et coordonnateur de l'Observatoire du bonheur. "C'est le manque de perspective qui mine l'homme. Il a besoin de se projeter pour avancer, et d'aller de l'avant pour être heureux". 

Aller de l'avant. Voilà donc le maître-mot, si l'on souhaite trouver le bonheur. Tendre vers l'avenir, vers ce qui s'annonce, vers ce qui arrivera bientôt. Se créer un horizon, et le fixer résolument. Avoir des objectifs, ou, mieux encore, un idéal. Depuis que ce blog existe, je suis plusieurs fois revenu sur ce sujet. J'avais la phrase de Rimbaud en tête : "il faut être absolument moderne. (…) Tenir le pas gagné". Je considérais qu'en effet, avancer était toujours "la bonne solution". 

"À l'attaque ! Même en vrille, même en vrac". Miossec

Si l'on reste sur place, si l'on ne se rend pas compte qu'on ne progresse plus, on risque de s'embourber. Une autre phrase de Paul Valéry me vient à l'esprit à ce sujet : "les mots sont des planches jetées sur un abîme, avec lesquels on traverse l'espace d'une pensée, et qui souffrent le passage et non point la station". C'est aussi vrai de l'existence : nous ne faisons que passer.

Il n'est pas évident d'aller de l'avant quand un brouillard intense nous cache l'horizon. Quand on ignore tout de l'avenir. Quand l'obscurité nous interdit toute projection, justement.


"En avant !" est aussi le cri du capitaine pour faire sortir les poilus de la tranchée. C'est le sifflet, c'est le clairon, ce sont les tambours, qui tirent les hommes de leur abri pour les exposer au danger imminent. 

Mais ne pas aller de l'avant, c'est se tourner vers les mêmes problèmes sans en chercher la solution. C'est se morfondre, c'est errer indéfiniment dans les mêmes méandres. Il faut inventer, imaginer, trouver des routes inexplorées. L'actualité récente nous démontre que cet impératif vaut toujours, voire plus que jamais.

"On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière ; on ne peut la vivre qu'en regardant en avant". Kierkegaard

Allons de l'avant, donc. En gardant à l'esprit ce passage de Jacques et son Maître, de Milan Kundera (publié en 1980) :

"- Dites-moi plutôt où l'on va.
- Est-ce que l'on sait où l'on va ?
- Personne n'en sait jamais rien.
- Personne…
- Alors, conduisez-moi !
- Comment puis-je te conduire, si l'on ne sait pas où l'on va ?
- Comme il est écrit là-haut. Vous êtes mon maître. Et vous avez pour mission de me conduire.
- Oui, mais tu as oublié ce qui est écrit un peu plus loin. C'est bien le maître qui donne des ordres, mais c'est Jacques qui choisit lesquels. Alors, j'attends…
- Bon. Je veux donc que vous me conduisiez… en avant.
Le Maître regarde autour de lui, très embarrassé.
- Je veux bien… mais en avant, c'est où ?
- Je vais vous révéler un grand secret. Une astuce séculaire de l'humanité : en avant, c'est partout.
- Partout ?
- Où que vous regardiez. Partout, c'est en avant.
- Mais c'est magnifique, Jacques, c'est magnifique !
- Oui, monsieur, je trouve cela très beau.
- Eh bien, Jacques, en avant !"

0 commentaires: