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Que vais-je devenir ?

Lorsque j'avais un peu moins de vingt ans, dans ma chambre de bonne, je me demandais ce que j'allais devenir. J'étais en hypokhâgne, je lisais - par centaines - les œuvres de ces écrivains, philosophes, géographes, entrés dans l'Histoire. Eux avaient réussi à marquer leur époque. Je n'étais qu'un étudiant,  au cœur de la nuit, s'efforçant de réussir - non pas sa vie - mais la dissertation à remettre le lendemain matin. 

Toujours en devenir

Près de quinze ans plus tard, je me demande si j'ai une réponse à cette fameuse question : que vais-je devenir ? La pression n'est plus la même, bien sûr. J'ai fait du chemin, j'ai fait des choix, j'ai suivi une certaine orientation. J'ai accompli un certain nombre d'actions. J'ai parfois su saisir ma chance. Malgré tout, si je me replace dans mes considérations de l'époque, je ne crois pas être déjà devenu celui que je souhaitais devenir.

Je ne suis pas sûr de vouloir devenir, au sens où je l'entendais à l'époque. Devenir, c'est, par exemple, se retrouver un jour président de la République, avec un quotidien infernal fait de crise sanitaire, de terrorisme, d'injustices et de dette publique. Avec des comptes à rendre à tout le monde. Devenir, c'est rencontrer le succès, et perdre immédiatement son anonymat. Devenir, c'est ne plus pouvoir faire 200 mètres sans faire douze selfies à la seconde avec des inconnus qui l'exigent. 

À en devenir fou

Toutes les stars nous le répètent sans arrêt, si l'on y prête attention. Orelsan : "J'croyais que c'était cool d'être célèbre. Quand est-ce que ça s'arrête ?". Eminem : "I can't take a shit in the bathroom without someone standin by it". Diams : "Tu veux devenir célèbre ? Sache que la vie de star est une pute. Elle te sucre ta thune, te sucre tes valeurs. T'éloigne de la lune dans des soirées VIP sans saveur". Angèle : "On connaît tous la pression. Tu t'sens un peu seul au monde, c'est pas qu'une impression. Les gens t'aiment pas pour de vrai, tout le monde te trouve génial alors que t'as rien fait"… j'en passe, et des meilleurs.

Je ne sais pas si je veux devenir. Je veux vivre, faire plaisir à des gens que j'estime ou que j'aime, je veux me lever le matin avec l'envie d'aller travailler. Ça, oui, d'accord. Je veux inventer, créer, écrire, apporter ma pierre à l'édifice. Mais pas forcément me retrouver au Panthéon, ni dans je-ne-sais-quelle soirée branchée. "Refusant d'acquitter la rançon de la gloire. Sur mon brin de laurier je m'endors comme un loir". Devenir, d'accord, mais à la manière de Georges Brassens.

© Illustration.

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