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Du mauvais sang

Parmi les personnes que je croise, tous les jours, dans la rue, dans les transports en commun, nombreuses sont celles - sans doute - qui sont préoccupées par des problèmes à venir. C'est à elles, en particulier, que je m'adresse ici. À toutes celles, et à tous ceux, qui se font aisément un sang d'encre. 

La peur au ventre

J'ai toujours été marqué par cette expression : "se faire du mauvais sang". C'est étonnant qu'on l'utilise encore, en dépit de son caractère moyenâgeux. Nous ne pratiquons plus les saignées depuis des décennies, mais conservons cette formule étrange. Comme si de l'inquiétude, de l'anxiété, naissait réellement un sang moins "bon", moins "pur", ou de moins bonne qualité.

C'est une réalité qu'on connaît tous. On se retrouve dans son lit, la tête dans l'oreiller, l'obscurité est totale, et pourtant… impossible de dormir. Le sommeil ne vient pas. Les pensées, nombreuses, s'agitent, fructifient, se démultiplient, pour vous étreindre finalement. L'angoisse peut aussi surgir soudainement, en pleine journée. Il faut la contenir, la maîtriser. Mais le point essentiel, à mon sens, c'est que la peur, elle-même, est souvent la cause principale du problème. On se fait souvent du mauvais sang pour de mauvaises raisons.


Cela renvoie directement à la fameuse phrase de Paul Valéry : "la plupart de nos ennuis sont notre création originale" (Tel Quel). Il est important d'en prendre conscience. De lutter contre cette tendance-là. 

L'effet NOCEBO

D'autant que les conséquences peuvent être importantes. C'est parce qu'on s'inquiète que certains symptômes surgissent brusquement, quelquefois. Ce phénomène porte même un nom : c'est l'effet nocebo (l'exact contraire de l'effet placebo).

Les exemples de ces prophéties auto-réalisatrices sont nombreux : on a observé des troubles apparus chez certains riverains d'une antenne-relais de téléphone mobile, alors même que l'installation n'avait pas encore été mise en service. Ces gens-là se faisaient du mauvais sang, sans raison véritable.

C'est parfois le cas, littéralement, d'ailleurs. Les femmes qui se croient sujettes au risque d'arrêt cardiaque présentent quatre fois plus de risques de mourir de maladie cardiovasculaire que celles ayant les mêmes facteurs de risque, selon un article publié en 2009 dans Courrier International : "Attention : se croire malade peut rendre malade" Helen Pilcher - New Scientist.


Bon sang !

L'effet nocebo a enfin été démontré scientifiquement, en 2011 : 22 volontaires devaient se prononcer sur une sensation de douleur dans une jambe. On leur injectait un analgésique, sans les prévenir. Quand on finissait par les informer qu'un produit apaisant était en train de leur être injecté, la douleur diminuait davantage. Et lorsque - sans rien modifier - on leur disait qu'on arrêtait d'injecter ce produit, la sensation de douleur revenait brutalement.

CQFD. 

Il est donc crucial d'avoir conscience de l'effet de nos peurs, au quotidien. Celles-ci ne sont pas bonnes conseillères. Elles génèrent parfois ce qu'on redoute effectivement. Et empiètent potentiellement sur notre santé. Ne craignez rien.

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