Accéder au contenu principal

Éloge du message privé sur les réseaux sociaux

On pourrait s'étonner que, sur la plupart des réseaux sociaux, et notamment sur des applications comme Instagram, on retrouve quasi-systématiquement la possibilité d'envoyer des messages privés à une personne en particulier.

Du "message inbox" sur Facebook au "direct message" de Twitter, en passant par WhatsApp, les plateformes sociales accordent une place non négligeable aux conversations en coulisse, d'individu à individu.

One to one

Comme si ces correspondances singulières, plus intimes, plus secrètes, plus douces parfois, demeuraient au cœur des conversations humaines. Comme si nous ne pouvions nous passer de ces confidences sur l'oreiller. De ces chuchotements derrière le rideau.

J'ai écrit mon premier mémoire (en M1) sur "le Off en politique", c'est-à-dire sur ces échanges discrets entre personnalités publiques et journalistes, au cœur de tous les traitements médiatiques, de tous les sujets possibles et imaginables. J'ai compris ce jour-là aussi, l'importance de la confidence dans les rapports humains.

("un secret qui prend la bouche pour oreille")

On me rétorquera peut-être qu'il n'y a pas que des déclarations sentimentales et des secrets d'État qui sont partagés sur ces contre-espaces sociaux. Il y a de tout, dans les DM. Je l'admets, sans problème, mais cela ne change pas le fond de l'affaire. 

Une question d'atmosphère

Pour vous en convaincre, lisez ce passage tiré d'Humain, trop humain ; Nietzsche y explique tout cela bien mieux que moi :

"Le dialogue est la conversation parfaite, parce que tout ce que dit l'un reçoit sa nuance particulière, son timbre, son geste d'accompagnement, par une stricte référence à l'autre interlocuteur, c'est-à-dire que l'on y a l'équivalent de ce qui se passe dans la correspondance, où une seule et même personne montre son âme exprimée de dix manières différentes suivant qu'elle écrit à tel ou tel alternativement. Dans le dialogue, la réfraction de la pensée est unique : c'est l'interlocuteur qui la produit, étant le miroir où nous voulons refléter nos idées avec toute la beauté possible. 

Mais qu'en est-il avec deux, trois interlocuteurs, et davantage ? La conversation ne peut alors que fatalement perdre en finesse critique individuelle, les références diverses se croisent, s'annulent ; le tour qui satisfait l'un ne répond pas aux sentiments de l'autre. Aussi l'homme est-il forcé, en compagnie de plusieurs personnes, de se rabattre sur lui-même, de présenter les faits tels qu'ils sont, mais aussi de priver les choses de cette atmosphère enjouée d'humanité qui fait d'un entretien un des plus grands agréments de ce monde". Nietzsche avait décidément tout compris.

Commentaires

Référencement a dit…
Chaque réseau social a son propre système de fonctionnement par rapport aux messages privés. Mais, à ce qu'il semble, les mp ou messages privés sur facebook ne sont plus si confidentiels qu'auparavant car facebook pourrait lire les mp, parait-il?

Posts les plus consultés de ce blog

Putain, dix ans

© illustration   Heart Machine C ela fera dix ans cette année. Dix ans que j'ai créé ce blog. Le premier post de L'avenir est à réinventer  a été publié en octobre 2009. Des centaines ont suivi. J'ai parlé de philosophie, de littérature , de poésie . J'ai parlé de l'évolution des technologies, des médias sociaux, et de politique. J'ai parlé de ma vie, plus ou moins explicitement, de mes amours, de mes amis, de mes emmerdes. De mon spleen, parfois ; de mes espoirs, souvent.  De nombreuses personnes ont laissé des commentaires, ont réagi, ont répondu, m'en ont parlé quand je les rencontrais. Certains de mes billets trouvaient un écho particulier. J'ai reçu des messages auxquels je ne m'attendais pas. Ça m'a encouragé à poursuivre. J'ai fait des rencontres, grâce à ces mots que je postais en ligne. Des gens qui me connaissaient peu ont pu découvrir des points communs, des intérêts partagés.  Je vais continuer. Continuer d'éc

Ni pour, ni contre, bien au contraire

C ela fait un moment qu'aucun mot n'a été écrit sur ce blog. Les années passent. Je perds cette - bonne - habitude. Plus globalement, je partage moins mes pensées, mes envies, mes doutes sur les médias sociaux. J'ai un peu du mal à me positionner dans les débats quotidiens, un peu du mal à entrer dans l'arène des polémiques diverses, des controverses incessantes. Je n'ai plus envie ni d'être pour, ni d'être contre. Je ne réclame ni la démission d'untel, ni ne m'emballe pour le respect de la présomption d'innocence.  Je rêve de nuance, de précision, d'intelligence, de juste mesure. Je rêve de discussions, de conversations, où l'on prend autant de l'autre qu'on ne contribue soi-même à faire avancer une juste cause. Les duels exacerbés, systématiques, m'usent peu à peu. J'imagine que je ne suis pas le seul dans cette situation, à contempler sans mot dire les violentes échauffourées des plateformes sociales. Le temps de la jou

Il Est Toujours Temps D'Apprendre

I l y a quelques semaines, j'ai vu une conférence dans laquelle l'intervenant, Oussama Ammar, demandait s'il y avait dans l'assistance des personnes qui faisaient du sport régulièrement. De nombreuses mains se sont levées. De fait, de plus en plus de monde pratique une activité sportive, il suffit de croiser tous les runners  dans les parcs ou le long des avenues pour s'en rendre compte. L'intervenant soulignait que ce phénomène était finalement assez récent. Pendant longtemps, faire du sport régulièrement était une pratique qui se limitait à deux catégories de la population : les enfants, et les professionnels. Désormais, le sport se généralise. Il poursuivait en annonçant que le même phénomène allait se produire pour la Formation. Aujourd'hui encore, se former, apprendre, étudier, se limite généralement aux deux mêmes catégories de population : les enfants, à l'école, et les professionnels. Pourtant, rien n'est plus simple. Pour la premi