Accéder au contenu principal

La balançoire

Ce que j’aime dans la balançoire, c’est qu’elle offre à la fois une activité solitaire - on se balance tranquillement, en pensant à sa vie, les deux mains accrochées aux cordes, les fesses calées sur la planche de bois, les cheveux dans le vent - et un passe-temps solidaire, où une personne de confiance se tient là, derrière vous, pour vous pousser jusqu’à ce que le mouvement soit suffisamment conséquent.

Confiance et liberté

Les parents poussent leurs enfants, les aînés leurs petits frères, les amoureux leur compagne, les amis leur camarade. En faisant cela, ils les encouragent. Mais ce qui est mieux : s’ils donnent l’impulsion nécessaire, ils savent aussi se retirer ensuite, quitte à relancer à un moment la dynamique, un peu plus tard. Je veux dire par là qu’il n’y a pas de dépendance qui s’instaure, à proprement parler : il n’y a qu’un soutien préliminaire, une aide initiale, pour une plus grande liberté ensuite, une plus grande autonomie.


Il y a autre chose avec la balançoire. Un esprit trop étroit pourrait considérer que ce mouvement d’avant en arrière est assez vain, assez stérile. Ce serait omettre un point essentiel : on ne se contente pas d’aller d’avant en arrière sur une balançoire, on va surtout de plus en plus haut, de plus en plus loin, de plus en plus vite. Jusqu’à se prendre des gifles d’air.

Plaisir précieux

Cette progression est néanmoins limitée ; contrairement à la plupart des activités sportives, on peut difficilement envisager des compétitions de balançoire. Ce serait absurde. Qu’importe, ce plaisir n’en est que plus précieux. Ce que l’on cherche avant tout, c’est un moment de distraction, bercement de l’enfance, un plaisir tranquille. En ce sens, la balançoire est une belle représentation de l’oisiveté - à distinguer du hamac, par exemple, qui est plus proche de la paresse.

On a tous une balançoire en mémoire, je pense. Pour ma part, je me souviens de celle qui se trouvait au fond du jardin, dans la maison où je passais mes vacances d’été, à Ornézan, dans le Gers. 

C’était un grand jardin, et cette balançoire était par conséquent à l’écart, souvent délaissée. Mais c’était bien de s’y asseoir malgré tout, de temps en temps, après les parties de Gamelle avec les cousins.

À Paris, c’est plus difficile d’en trouver. 
Et pourtant…

Sur cette grandiose conclusion, je vous invite à découvrir le board que j'ai créé sur mon Pinterest.
Et à partager cet article, si l'envie vous en dit, et si vous aimez comme moi les balançoires.

Commentaires

Emile Karl a dit…
Celle qui ce balance réveille ma paresseuse, voir le dessin : https://drawingwithmyfrienddick.blogspot.com/2018/07/surprise-la-paresse.html

Posts les plus consultés de ce blog

Putain, dix ans

© illustration   Heart Machine C ela fera dix ans cette année. Dix ans que j'ai créé ce blog. Le premier post de L'avenir est à réinventer  a été publié en octobre 2009. Des centaines ont suivi. J'ai parlé de philosophie, de littérature , de poésie . J'ai parlé de l'évolution des technologies, des médias sociaux, et de politique. J'ai parlé de ma vie, plus ou moins explicitement, de mes amours, de mes amis, de mes emmerdes. De mon spleen, parfois ; de mes espoirs, souvent.  De nombreuses personnes ont laissé des commentaires, ont réagi, ont répondu, m'en ont parlé quand je les rencontrais. Certains de mes billets trouvaient un écho particulier. J'ai reçu des messages auxquels je ne m'attendais pas. Ça m'a encouragé à poursuivre. J'ai fait des rencontres, grâce à ces mots que je postais en ligne. Des gens qui me connaissaient peu ont pu découvrir des points communs, des intérêts partagés.  Je vais continuer. Continuer d'éc

Message reçu, message lu : le cauchemar moderne

D ésormais, sur la quasi-totalité des réseaux sociaux et des moyens de communication modernes, vous avez la possibilité de savoir quand votre interlocuteur a reçu (et lu) votre message . Dans un temps fort lointain, les lettres prenaient plusieurs mois avant d'être découvertes, et parcourues. Certaines tombaient de la diligence, en chemin. Il était impossible de savoir si votre interlocuteur l'avait bien réceptionnée, jusqu'au jour où sa réponse apparaissait enfin dans votre boite aux lettres. Et le bonheur était alors considérable. L'autre a lu mon message Aujourd'hui, non seulement un message peut être lu immédiatement, mais vous êtes informé de cette lecture tout aussi immédiatement. Sur Facebook, sur WhatsApp, sur iMessages, des indications grisées viennent vous apporter ces éléments d'information.  Vous savez aussi si la personne est - ou non - derrière son mobile, à l'instant T. Ou depuis combien de temps elle n'est plus connectée,

Ne pas cesser d'écrire

N e pas se poser trop de questions. Ne pas chercher en vain qu'un sujet vienne miraculeusement se proposer, neuf, beau, inspirant, original. Pour quiconque a déjà tenu un blog, il arrive qu'on se retrouve coi, interdit. L'équivalent du syndrome de la page blanche, pour l'écrivain. Si cela se produit après deux semaines de blogging, il faut se faire une raison, et passer à autre chose. Mais lorsque cela survient après cinq ans de posts réguliers, c'est légèrement différent.  J'aime - et j'ai toujours aimé - écrire. Des lettres, des mots, des feuilles qu'on fait passer discrètement dans la salle de classe, lorsque le professeur a le dos tourné ; mais aussi des nouvelles, des mails, des DM, des correspondances facebookiennes. C'est un plaisir de sentir mes doigts qui pianotent sur le clavier, de voir ces mots qui se forment sous mes yeux, sortis de nulle part - sortis de moi. Pendant quelques jours, on se trouve des raisons, pour expliq