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Internet va mieux, enfin je crois

Je ne saurais évaluer avec précision le temps que je consacre chaque jour, chaque semaine, à Internet. Je me souviens en revanche assez bien de l'époque où je me suis mis à augmenter sensiblement ma présence sur la Toile. J'avais 16 ou 17 ans, et je passais un temps fou à répondre à des commentaires, sur tel ou tel forum, sous telle ou telle vidéo mise en ligne. En vérité, je ne savais pas à qui je m'adressais, car la grande majorité de ces commentaires étaient anonymes ; mais il s'agissait la plupart du temps de propos xénophobes, extrémistes, provocants ; parfois racistes, souvent homophobes. Sur la forme et sur le fond, ces commentaires que je m'efforçais de contrecarrer n'avaient aucun intérêt. C'était peine perdue. Je découvrais l'activité des trolls, qui ne s'expriment que pour ajouter de l'huile sur le feu, sans autre intention. 
J'apprenais à ignorer les propos qui ne visaient pas à nourrir un débat, mais à le polluer

Désespoir 2.0

Cette période a été un réel apprentissage. Les réseaux sociaux étaient encore balbutiants, mais de nombreuses personnes s'exprimaient déjà sur la Toile. Pour mon plus grand désespoir, l'écrasante majorité des internautes prolixes constituait à l'époque une masse considérable d'adversaires politiques - au mieux - et d'agitateurs de mauvaise foi - surtout.
Pendant (trop) longtemps, je prenais la peine d'échanger avec ces contradicteurs sur des sujets aussi variés que la peine de mort, la liberté d'expression, la falsification de l'histoire, la religion ou encore l'immigration. Ces débats, bien souvent, et je m'en rendais déjà compte, ne menaient à rien.

Cela me donnait une triste image d'Internet. Le potentiel perçu de prime abord était immédiatement terni par la réalité des discussions en ligne. Les thèses les plus abjectes, les plus complotistes, les plus révisionnistes, semblaient trouver un public, une audience, et même de nombreux ambassadeurs. Je commençais à vivre en apnée.


Ce type de propos existe encore aujourd'hui, bien évidemment. Il est aisé de dénicher sur Internet des injures, invectives et autres élucubrations nauséabondes. Ce matin, Michel Rocard était amené à réagir aux récents propos de Jean-François Copé, et a dit la chose suivante : “nous ne sommes pas là en présence d'une intelligence contributive au débat”. Eh bien, pour dire les choses simplement, pendant longtemps, sur Internet, je n'avais pas l'impression d'être “en présence d'une intelligence contributive aux différents débats qui voyaient le jour. 

Pacte 2012 mes fesses

Désormais, heureusement, les choses sont un peu différentes. Les fora sont moins pollués - si ce n'est sur certains sites dont je ne ferai pas la publicité ici -, les trolls sont vite démasqués, et de plus en plus d'internautes expriment des opinions qui permettent de construire quelque chose, d'échanger véritablement. Nombreux sont aujourd'hui les blogueurs qui prennent le temps de constituer des dossiers, d'étayer des thèses raisonnables, de relayer les initiatives de ceux qui veulent réellement faire avancer les choses, de défendre non seulement leurs opinions mais aussi et surtout leurs convictions.

Le dernier exemple en date, à mon sens, c'est cet excellent travail de l'avocat Maître Eolas, bien connu sur Twitter (@Maitre_eolas), à propos du “Pacte 2012 pour la Justice”. Il prend la peine de démonter cette opération, point par point, avec une rigueur que nul ne peut nier. Si vous lisez les 400 commentaires du billet de cet avocat, vous me direz peut-être qu'il reste du travail, que les trolls sont encore nombreux, que le chemin est encore long. Certes. 

Mais croyez-moi, Internet va mieux. Et ce type d'article en est la meilleure preuve. 
Ça fait un bien fou.

Merci, donc.

Commentaires

Jean a dit…
En fait, Internet est un excellent outil pour s'auto-manipuler. Quand j'ai envie de m'enfoncer dans la déprime, je passe un peu de temps sur lefigaro.fr ou sur lequipe.fr
5 minutes suffisent à se convaincre que finalement, les gens n'ont que ce qu'ils méritent: une vie de merde.
Mais ça marche aussi dans l'autre sens. Passer un peu de temps sur les commentaires d'autres sites permet de découvrir des plumes, des façons originales de voir les choses, des argumentations construites, de l'émotion, de l'empathie,... Et ça donne envie de se bouger un peu pour faire changer les choses (en espérant quand même que les commentateurs du figaro.fr n'en profitent jamais...)

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