Depuis jeudi dernier, j’ai l’impression que Steve Jobs est mort.
Ça fait un drôle d’effet. Toutes les rédactions ont sorti des tiroirs leurs articles nécrologiques, en revenant sur le parcours de cette icône des temps modernes. Au début, j’ai jeté un œil rapide à tous ces écrits, j’ai écouté d’une oreille distraite toutes ces chroniques radiophoniques, mais sans rien apprendre de tout ça. L’histoire d’Apple est intimement liée à celle de son patron ; et l’histoire d’Apple, je la connais.
Mon père est entré chez Apple quelques temps avant ma naissance.
J’ai donc toujours vécu avec Apple. Je suis tombé dedans quand j’étais petit, comme on dit. Et, pour poursuivre avec Goscinny, Apple était alors cette entreprise qui “résistait encore et toujours à l’envahisseur”. Un village gaulois, face à l’empire romain que constituaient IBM et Microsoft.
La potion magique d'Apple
Mais un village avec une potion magique.
La potion magique d’Apple, c’est ce qui fait toute sa force. Et celui qui en connaissait la recette, c’est ce Steve Jobs dont tout le monde parle aujourd’hui. Steve n’était pas le chef du village, sans charisme, sans vision, mais bien Panoramix.
C’est lui qui a compris, presque immédiatement, que l’informatique était l’affaire de tous. C’est lui qui insuffle à Apple, depuis les premières années, un certain nombre de valeurs fondamentales. Demandez-moi quelles sont celles de Microsoft, ou de HP, ou de Dell, je suis incapable de vous répondre. Mais tout le monde connaît le Think different.
Une phrase de Steve Jobs a été reprise dans le livre de Jean-Marie Dru Beyond diruption qui en dit long sur la philosophie de ce chef d’entreprise :
Steve Jobs, pour moi, c’est avant tout ce patron en jean et col roulé noir, à l’allure éminemment cool (dans un univers jusque là très conventionnel), qui vient annoncer de bonnes nouvelles. J’attendais ses interventions avec impatience, parce que je savais d’avance qu’elles seraient bien préparées - pour la forme donc -, et qu’elles impliqueraient des changements à venir, pour le fond.
Or, depuis mes études littéraires, je sais qu’il est essentiel d’allier le fond et la forme. Steve Jobs l’a compris également (mais sans faire d’études supérieures).
Savoir communiquer
On connaît la force de communication d’Apple, d’ailleurs : une communication corporate solide, fondée sur une vision, et s’appuyant sur des produits aboutis, terminés, qui fonctionnent immédiatement. Une communication qui ne se contente pas de prôner, mais qui s’efforce de prouver. Sortir de l’incantatoire pour développer un discours probant : voilà l’une des clés de la réussite d’Apple.
Steve Jobs a su comme personne allier la communication corporate et le marketing.
Il a su combiner le meilleur des deux, en ouvrant un horizon, en donnant du sens à la communication de sa marque, sans jamais négliger les produits eux-mêmes. L'informatique doit être simple, efficace, accessible au plus grand nombre : voici l'iMac.
La fin d'une ère ?
Il s’en va, donc. Après avoir réussi. Il s’en va quelques semaines avant la sortie de l’iPhone 5 (qui sera probablement annoncée le 7 septembre prochain). Il s’en va alors qu’un iPad se vend toutes les deux seconde dans le monde, en moyenne. Il s’en va alors qu’Apple est au plus haut, en bourse. Il s’en va à présent que ce village gaulois est devenu un empire.
Reste à savoir ce que cette entreprise deviendra sans lui. À quoi ressembleront les keynotes, désormais ? Sa succession a-t-elle été suffisamment préparée ? Les investisseurs feront-ils confiance à Tim Cook ? Les médias trouveront-ils de quoi alimenter leurs histoires, sans ce personnage hors du commun ? La potion magique fera-t-elle effet, sans ce Panoramix contemporain ?
Je n’ai pas la réponse à ces questions. Mais je sais que je vais suivre avec attention la sortie des prochains produits de la marque à la pomme.
Car ils ont en commun, bien souvent, de réinventer pas mal de choses…
Webographie :


Commentaires