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I've got an idea

La prééminence des idées en communication

Elles sont là, omniprésentes, recherchées, désirées, indispensables, dit-on. Elles sont l'essence des projets, le mystique aliment des réussites, la source de tout succès. Des initiatives visent à les faire émerger, via le crowdsourcing, le brainstorming, le co-working : les idées.
Pendant les quelques minutes nécessaires pour lire ce message, plusieurs centaines d'entrepreneurs auront cherché, de par le monde, une idée suffisamment forte pour lancer leur entreprise. Des milliers d'autres se seront évertués à protéger les leurs, à les mener à terme. Toutes les secondes, des idées germent dans des esprits humains. Mais elles n'ont pas la même valeur, ni la même portée.

Les idées sont aujourd'hui le Saint-Graal de la communication. Il faut être créatif, original, faire preuve d'imagination. L'idée qui tue, chère à Nicolas Bordas, celle qui vient s'imposer, en détruisant d'autres idées, en les remplaçant. L'idée qui naît du What if. L'idée innovante, fraîche, qui fait sens immédiatement. L'idée géniale, qui met parfois du temps à se propager, à se vulgariser.

Les idées séduisent. Elles sont convoitées. Jusque dans les formules des publicitaires : donner au train des idées d'avanceEn France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées, etc.

Idée reçue

On les représente, même. De façon assez laide, je dois dire. Enfin, ce n'est que mon avis.
Les idées sont essentielles : voici une idée reçue, qui est assez juste, sans doute. Sans idée, un homme est neutre, passif, incapable. Il ne surprend jamais personne. Il n'éveille pas la curiosité. Il est terne, sans vie. Il n'entreprend jamais rien. Sans idée, une société est condamnée au statu quo, au déclin, condamnée à se retourner sur elle-même, à ne jamais progresser. 

Pour autant, les idées ne font pas tout. La tyrannie qu'elles exercent parfois peut aussi nuire à la créativité. C'est le fameux syndrome de la page blanche. Je n'écris rien car je n'ai pas d'idée. Rien qui vaille la peine d'être écrit. Je suis paralysé par l'espoir d'une inspiration soudaine, d'une idée saisissante, qui ne vient pas. Qui devrait jaillir mais qui ne jaillit pas. Qui refuse d'émerger. Une idée qui reste immergée, en somme.

Certaines idées sont brillantes :

D'autres moins :
Difficile de les partager pourtant. Chacun s'y confronte à sa façon. L'important est de ne pas mourir pour des idées. Ou alors, éventuellement, “de mort lente”. Point intéressant : dans la communication, aucune place n'est accordée aux idées noires. Il faut séduire, et la déprime n'est sans doute pas le meilleur levier pour parvenir à cette fin. Mais c'est un peu dommage.

L'idée que je me fais des idées

Trop d'idées tue l'idée. Trop d'idées qui tuent tue l'idée qui tue. Pour la simple et bonne raison que les idées ne sont qu'un ingrédient, parmi d'autres. Il faut avoir de bonnes idées, mais il faut aussi et surtout inscrire son action dans la durée, développer des stratégies, soutenir un engagement, écouter, partager, échanger, prouver. Rassembler une équipe de personnes compétentes. Collaborer.
C'est ce qui ressort notamment du film The Social Network. L'idée peut être excellente, si elle ne rencontre pas la bonne personne pour la porter, elle échoue. Elle se transforme en idée vaine.

Par ailleurs, il faut faire confiance à ce qui est invisible, imprévisible, presque imperceptible. L'idée, étymologiquement, désigne ce qui se voit, ce qui se conçoit. Une représentation de l'esprit, en quelque sorte. Mais ces représentations ne sont pas tout.

La poésie cesse à l'idée. Toute idée la tue, écrivait Jean Cocteau. Cette phrase est à méditer. Les idées sont indispensables, et donnent de la force à tout projet. On ne peut s'en passer, concrètement. Mais elles ne sont que des idées. 

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