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Songe d'une nuit d'automne

La nuit est tombée. Plus tôt que d'habitude, il me semble. J'entends quelques gouttes encore dans l'allée, s'écrasant du haut des toits. Aucun bruit sinon… Je goûte le silence de ce soir pluvieux. L'automne est là, ça ne fait plus aucun doute. Tout à l'heure, je marchais dans les rues humides, je rentrais chez moi, et j'appréciais à sa juste valeur le spectacle des feux tricolores, dont les lumières se reflétaient sur les trottoirs pour faire de cet environnement parisien un espace infiniment fantomatique. Je revivais soudain des sensations passées, en oubliant un instant mes préoccupations actuelles, pour ressentir à nouveau la ville, comme je la ressentais enfant, certains soirs d'automne. 

En suspension

Ce paysage de ville endormie, où la pluie tombe finement - mais de façon continue -, ce décor irréel que traversent sans bruit bus et voitures, illuminant de leurs phares les passants, cette scène faite d'ombre et de lumières, de spectres sans paroles, d'essuies-glaces, de parapluies s'agitant… tout cela me revenait d'un seul coup. L'enfance n'est pas si loin, lorsque l'on a vingt-quatre ans. Mais je crois que ces instants peuvent ressurgir à n'importe quel âge de la vie, lorsque tous les éléments sont rassemblés, et que l'on se retrouve très exactement dans le même contexte d'existence. 
Soudainement, on se retire du monde. On s'en détache. Plus rien n'existe que ces souvenirs, et ce présent étrangement similaire. Et l'on se sent vivre. Et l'on respire. En suspension. 

Tous ces autres, sous la pluie

Je me souviens de ces soirs où j'étais à l'arrière de la voiture, sur le périphérique, dans un embouteillage probablement lié à la pluie. En rentrant d'un week-end à la campagne. Mes parents écoutant Le masque et la Plume sur France Inter. Je me revois, les yeux pleins de sommeil - je me réveillais tout juste -observant les passagers des autres véhicules. Cherchant d'autres enfants, comme moi, dans la même situation. Ou parcourant du regard les différents habitants de ces voitures trempées, en m'imaginant leur vie. Tous ces autres. Sous la pluie. Rentrant chez eux. Avant de recommencer une nouvelle semaine.

Et aujourd'hui ? Aujourd'hui, je suis heureux de me souvenir de ces moments. Et de m'arrêter un instant, pour y repenser. Au bord du chemin

Le soir couchant ferme une porte
Nous sommes au bord du chemin
Dans l'ombre
près du ruisseau où tout se tient
Si c'est encore une lumière
La ligne part à l'infini
L'eau monte comme une poussière

Le silence ferme la nuit”

Pierre Reverdy, Plupart du temps


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