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Je me fais suivre, sur Twitter

Avec Twitter, le verbe suivre prend une importance singulière. On ne devient pas ami sur le site de micro-blogging. On suit. On se “follow” les uns les autres. On peut “follower” qui l'on veut, d'ailleurs, ou presque. Contrairement à Facebook, il est naturel d'aller vers un(e) total(e) inconnu(e), et de l'informer qu'on sera désormais dans sa poche, quotidiennement, à lire tous les messages qu'il ou elle postera sur sa Time Line.

Followers and lovers

La logique est fondamentalement différente, et c'est ce qui rebute parfois les plus indécis. Mais au-delà de cette considération, cela change la donne, d'un point de vue sémantique. Sur les médias sociaux, en général, et sur Facebook, en particulier, on est. Tandis que sur Twitter, on est, on suit, et on se fait suivre

En six mots, le message que l'on adresse au microcosme du site de gazouillis est le suivant : “suis-moi, car je suis moi !” En clair, l'objectif principal consiste à convaincre les uns et les autres qu'ils ont un intérêt certain à suivre régulièrement ce que l'on divulgue (du latin di-vulgus : propager aux travers de la foule). Il s'agit de créer des relations d'affinité, aussi. Les followers sont souvent des lovers. Chaque RT peut constituer une attention délicate, et certains recommandent même aux internautes de gérer les médias sociaux comme ils géreraient une relation amoureuse

Auparavant, le verbe suivre était principalement utilisé en psychothérapie. On disait : “en ce moment, je me fais suivre”. 

Les médias sociaux, une thérapie collective ?

Ecrire ce que l'on veut, partager ses sentiments, transmettre ce que l'on estime digne d'intérêt. Quelle différence avec une thérapie de groupe ? S'adresser à des personnes que l'on connaît à peine, pour la plupart, et espérer d'elles une écoute attentive. L'analogie avec la psychothérapie se fait naturellement
Pour autant, les choses ne sont pas aussi simples. Les rapports que l'on entretient avec les membres du réseau social prennent plusieurs formes. On mêle échanges professionnels et conversations amicales, tergiversations personnelles et recherche d'information. 

A suivre…

Ce post est sans prétention. Il s'agit simplement de souligner cette caractéristique terminologique. Lorsque les créateurs de Twitter ont délibérément opté pour le verbe “follow”, cela a engendré des conséquences. “Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde” disait Albert Camus. Bien les nommer, cela ouvre de nouveaux horizons. Cela redéfinit les règles du jeu. 

Follow. Flow. Deux termes qui ont toute leur importance sur le site aux cent quarante caractères. Nombreux sont d'ailleurs ceux qui ont noté le rôle clé de cette limitation à 140 signes. Les chiffres ont autant d'importance que les mots. Ils forment conjointement le cadre à l'intérieur duquel se développe l'activité humaine. Ils sont les caractéristiques d'un même outil. 

Suivre. Être suivi. Pour survivre aussi, médiasocialement parlant. 

Suivre. Être le suivant. “Le suivant de celui qu'on suivait”. 

Commentaires

Quolibets a dit…
Entièrement d'accord avec la différence quasi-philosophique entre twitter et facebook. Mes explications: http://quolibets.fr/pourquoi-jaime-twitter

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