Accéder au contenu principal

Sur les traces de Victor Segalen

Deux jours, deux nuits, en Bretagne. Là où mon arrière-grand-père, médecin de marine, poète, écrivain, est mort, à la fin du mois de mai 1919 : dans la forêt de Huelgoat. Il part en promenade. On le retrouve mort, trois jours plus tard, au pied d'un arbre. A la main, un exemplaire d'Hamlet - c'est du moins ce que dit la légende. A la jambe, une blessure profonde. Il s'est fait un garrot, mais cela n'a pas suffit. Il a perdu trop de sang. 
Quelques jours plus tôt, il écrivait : 
“Je n'ai aucune maladie connue, décelable. Et cependant, tout se passe comme si j'étais gravement atteint. Je ne me pèse plus. Je ne m'occupe plus de remèdes. Je constate simplement que la vie s'éloigne de moi…”. 
Nombreux sont ceux qui ont pensé qu'il s'était donné la mort - ou du moins laissé mourir. 
Peu importe, sans doute. Une chose est sûre : il est difficile de trouver un meilleur lieu pour mourir. Cette forêt bretonne est magnifique. A quelques mètres de l'endroit où on l'a retrouvé chante une rivière. Un vrai trou de verdure. Je l'imagine, la tête reposant sur un tapis de mousse, observant le soleil au travers des feuilles. Serein. 
Mais peut-être était-ce bien différent. Peut-être a-t-il crié en vain, pleuré, supplié… Peut-être l'agonie a-t-elle été terrible. Je vais malgré tout rester sur ma première pensée, et me tenir à cette vision romantique. Ces quelques jours ont été très agréables, en tout cas. Merci, Victor, de n'être pas mort ailleurs, dans un lieu morne et froid. 

Commentaires

Anonyme a dit…
C'est la première version qui est la bonne.

Posts les plus consultés de ce blog

Putain, dix ans

© illustration   Heart Machine C ela fera dix ans cette année. Dix ans que j'ai créé ce blog. Le premier post de L'avenir est à réinventer  a été publié en octobre 2009. Des centaines ont suivi. J'ai parlé de philosophie, de littérature , de poésie . J'ai parlé de l'évolution des technologies, des médias sociaux, et de politique. J'ai parlé de ma vie, plus ou moins explicitement, de mes amours, de mes amis, de mes emmerdes. De mon spleen, parfois ; de mes espoirs, souvent.  De nombreuses personnes ont laissé des commentaires, ont réagi, ont répondu, m'en ont parlé quand je les rencontrais. Certains de mes billets trouvaient un écho particulier. J'ai reçu des messages auxquels je ne m'attendais pas. Ça m'a encouragé à poursuivre. J'ai fait des rencontres, grâce à ces mots que je postais en ligne. Des gens qui me connaissaient peu ont pu découvrir des points communs, des intérêts partagés.  Je vais continuer. Continuer d'éc

Message reçu, message lu : le cauchemar moderne

D ésormais, sur la quasi-totalité des réseaux sociaux et des moyens de communication modernes, vous avez la possibilité de savoir quand votre interlocuteur a reçu (et lu) votre message . Dans un temps fort lointain, les lettres prenaient plusieurs mois avant d'être découvertes, et parcourues. Certaines tombaient de la diligence, en chemin. Il était impossible de savoir si votre interlocuteur l'avait bien réceptionnée, jusqu'au jour où sa réponse apparaissait enfin dans votre boite aux lettres. Et le bonheur était alors considérable. L'autre a lu mon message Aujourd'hui, non seulement un message peut être lu immédiatement, mais vous êtes informé de cette lecture tout aussi immédiatement. Sur Facebook, sur WhatsApp, sur iMessages, des indications grisées viennent vous apporter ces éléments d'information.  Vous savez aussi si la personne est - ou non - derrière son mobile, à l'instant T. Ou depuis combien de temps elle n'est plus connectée,

Ne pas cesser d'écrire

N e pas se poser trop de questions. Ne pas chercher en vain qu'un sujet vienne miraculeusement se proposer, neuf, beau, inspirant, original. Pour quiconque a déjà tenu un blog, il arrive qu'on se retrouve coi, interdit. L'équivalent du syndrome de la page blanche, pour l'écrivain. Si cela se produit après deux semaines de blogging, il faut se faire une raison, et passer à autre chose. Mais lorsque cela survient après cinq ans de posts réguliers, c'est légèrement différent.  J'aime - et j'ai toujours aimé - écrire. Des lettres, des mots, des feuilles qu'on fait passer discrètement dans la salle de classe, lorsque le professeur a le dos tourné ; mais aussi des nouvelles, des mails, des DM, des correspondances facebookiennes. C'est un plaisir de sentir mes doigts qui pianotent sur le clavier, de voir ces mots qui se forment sous mes yeux, sortis de nulle part - sortis de moi. Pendant quelques jours, on se trouve des raisons, pour expliq