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Un temps alcyonien


La fin de l'année approche. Je relis quelques uns des posts que j'avais écrits il y a quelques temps, et je prends conscience des doutes qui m'assaillaient alors. Tout va bien désormais. Je regarde par la fenêtre le ciel immense et bleu : « un temps alcyonien » aurait dit ma prof de philosophie en hypokhâgne. « Le temps que Nietzsche préférait », comme elle se plaisait à le rappeler, indéfiniment. Un temps de ciel clair, où tout semble suspendu. En l'occurrence, cette suspension est accentuée par la fine couche blanche qui recouvre les toits, les trottoirs. Le calme après la tempête. La plénitude après le vent et la neige.
J'en ai terminé avec Sciences po. Le temps est passé vite, mais, vraiment, c'était bien. J'ai rencontré des personnes qui valaient la peine qu'on les rencontre. J'ai découvert une ville. J'ai appris des choses. J'ai surtout compris qu'il était essentiel de ne pas donner trop d'importance aux choses sans importance. Et cela n'est pas facile. « Rien de plus rare que de ne donner aucune importance aux choses qui n'ont aucune importance » écrivait Paul Valéry. Sur la même page de Tel Quel, il écrit d'ailleurs ceci :
« Se laisser vivre, quoi de plus difficile ? Activité inexprimable des mouches, des moustiques. Véritables grains d'énergie. Sur la vitre bleue toute composée de soleil, on court, on se rencontre : on s'en va, on y revient avec un petit choc dru et dur et ce bruit de friture d'ailes. Et on n'est jamais trop, ni jamais trop éveillées. Quelle inquiétude, quelle joie hâtée de courir sur ce beau vertical si pur, sur une poussière de diamants fous, sur un parvis de feu et d'atomes ; il faut, avant la mort et le soir, avoir parcouru tous les points de ce carreau, et par les courbes les plus bizarres ».
Les meilleurs écrivains sont incontestablement ceux qui savent prendre le temps d'observer les détails universels, et les décrire à leur manière. Personnellement - peut-être est-ce parce que je ne suis pas un grand écrivain - je vois surtout dans la situation de la mouche emprisonnée contre sa vitre un supplice indéfinissable, mêlé de bêtise et d'angoisse. J'espère ne jamais ressembler à ces êtres sans conscience, agissant sans raison, et s'épuisant jusqu'à la mort dans la vaine poursuite d'un but inaccessible. Et puis, d'ailleurs, je n'aime pas les mouches, et je hais les moustiques.

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