Accéder au contenu principal

Pages de Soutien sur Facebook : la mobilisation est-elle durable ?


En quelques heures, des centaines de milliers d'internautes ont liké la Page de Soutien au Bijoutier de Nice - ou les Pages parodiant cette mobilisation, comme celle du Lapin. Mais que deviendront ces communautés dans le temps ?

Je ne vais pas revenir sur le fait divers tragique (*). Un bijoutier a abattu l'un de ses braqueurs mercredi dernier et risque d'être condamné. Ce qui m'intéresse, moi, c'est la mobilisation facebookienne suite à ce fait divers. Et surtout, le prolongement de cette mobilisation

À l'heure où j'écris ces lignes, la Page “Soutien au bijoutier de Nice” compte plus d'1,6 million de likes sur Facebook. Cela signifie qu'autant de personnes ont décidé de s'abonner à cette Page.

L'illusion de la pétition en ligne

En effet, contrairement à ce que prétendait son auteur, l'équation “1 like = 1 signature” (mise en avant sur la cover de la Page en question) est une assertion totalement erronée. Une Page Facebook n'est pas une pétition en ligne. Un like est beaucoup plus engageant, malgré les apparences. 

Dans Le Parisien daté d'aujourd'hui, Nicolas Kaciaf - maître de conférences en Sciences politiques à l'IEP de Lille revient sur la signification de l'acte qui consiste à “aimer une Page” : “c'est un degré d'investissement a minima. Il s'agit d'un comportement tellement éphémère qu'il est difficile de savoir ce qu'implique pour un utilisateur le fait de liker une Page. C'est peu coûteux matériellement et idéologiquement, mais rassurant : ça permet de constater qu'on n'est pas seul”. 



Que deviendra cette Page ensuite ?

Voilà la question que nous devons nous poser maintenant. Croyez-moi, rassembler une communauté d'1,6 million de personnes est le rêve de nombreux marketeurs. A fortiori, le rêve de nombreux spécialistes de la communication politique. 

La personne qui se trouve derrière cette Page (qui demeure anonyme, ce qui pose d'autres questions) en assure consciencieusement le community management en se défendant d'avoir acheté de faux “likes”, et en mobilisant les internautes heure après heure, depuis le début. Selon Guilhem Fouetillou, de l'agence Linkfluence, “l'auteur a fait un travail honnête [à cet égard], avec des messages réguliers de remerciement”. 


Mais c'est précisément la raison pour laquelle on est loin de la pétition en ligne : une Page Facebook est un outil formidable de mobilisation sur le moyen ou long terme. Vous vous retrouvez avec plus d'un million de personnes que vous allez pouvoir informer, au fur et à mesure, de l'évolution de l'affaire, en mettant en avant les réactions politiques que vous souhaitez (celle de Christian Estrosi, par exemple, a été publiée rapidement sur la Page, ce n'est pas anodin). 

De la pérennité d'une telle mobilisation

En gérant correctement les choses, vous pouvez transformer la Page progressivement pour faire passer d'autres messages.

C'est cette évolution qu'il va falloir suivre de très près. D'autant que je rappelle qu'on ne sait toujours pas qui se trouve derrière : un groupuscule d'extrême-droite ? Un particulier grisé par cet engouement sans précédent ?

D'une certaine façon, la question se pose également pour la Page parodique (Soutien au Lapin qui a tué un chasseur) qui rassemble désormais 200 000 personnes. Y aura-t-il des posts, sur cette Page, dans deux ou trois semaines ? Le Lapin deviendra-t-il un symbole de contre-mobilisation (le LolRabbit après le Lolcat) ? Certain(e)s semblent le penser.


Vous-mêmes, si vous vous trouviez derrière ces Pages au succès aussi phénoménal que soudain, que feriez-vous de ces communautés
Telles sont les questions que je me pose aujourd'hui.

[* Le mieux est encore de lire l'excellente analyse de @Maitre_Eolas si vous voulez en savoir plus sur ces histoires de légitime défense, et si l'aspect Social Media n'est pas ce qui vous préoccupe véritablement].


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Putain, dix ans

© illustrationHeart Machine
Cela fera dix ans cette année. Dix ans que j'ai créé ce blog. Le premier post de L'avenir est à réinventer a été publié en octobre 2009. Des centaines ont suivi. J'ai parlé de philosophie, de littérature, de poésie. J'ai parlé de l'évolution des technologies, des médias sociaux, et de politique. J'ai parlé de ma vie, plus ou moins explicitement, de mes amours, de mes amis, de mes emmerdes. De mon spleen, parfois ; de mes espoirs, souvent. 
De nombreuses personnes ont laissé des commentaires, ont réagi, ont répondu, m'en ont parlé quand je les rencontrais. Certains de mes billets trouvaient un écho particulier. J'ai reçu des messages auxquels je ne m'attendais pas. Ça m'a encouragé à poursuivre. J'ai fait des rencontres, grâce à ces mots que je postais en ligne. Des gens qui me connaissaient peu ont pu découvrir des points communs, des intérêts partagés. 
Je vais continuer. Continuer d'écrire, ici, parce que c&…

Message reçu, message lu : le cauchemar moderne

Désormais, sur la quasi-totalité des réseaux sociaux et des moyens de communication modernes, vous avez la possibilité de savoir quand votre interlocuteur a reçu (et lu) votre message. Dans un temps fort lointain, les lettres prenaient plusieurs mois avant d'être découvertes, et parcourues. Certaines tombaient de la diligence, en chemin. Il était impossible de savoir si votre interlocuteur l'avait bien réceptionnée, jusqu'au jour où sa réponse apparaissait enfin dans votre boite aux lettres. Et le bonheur était alors considérable.
L'autre a lu mon message
Aujourd'hui, non seulement un message peut être lu immédiatement, mais vous êtes informé de cette lecture tout aussi immédiatement. Sur Facebook, sur WhatsApp, sur iMessages, des indications grisées viennent vous apporter ces éléments d'information.  Vous savez aussi si la personne est - ou non - derrière son mobile, à l'instant T. Ou depuis combien de temps elle n'est plus connectée, ou plus “active” (…

Je Me Force Un Peu Parfois

Je me force un peu, parfois.  Je me dis que ça fait longtemps, que j'ai reçu de nombreux encouragements depuis que j'ai commencé à écrire, ici, et que cela devrait suffire à m'inciter à poursuivre, régulièrement. Je suis heureux d'avoir plusieurs fois trouvé les mots pour parler de certains sentiments, de certaines impressions, qui avaient de la valeur à mes yeux. Heureux d'avoir réussi à transmettre - des idées, des envies, des émotions peut-être ? - ce qui autrement serait resté au fin fond de ma conscience. 
Se forcer à écrire, pour soi, d'abord, et pour les éventuels lecteurs nocturnes qui souhaitent lire autre chose que des analyses politiques post-conférence de presse / post-grand débat national / post-gilets jaunes. Ou bien des dissertations sur la reconstruction de Notre-Dame, à l'identique ou surtout pas. Cet éternel retour, des pour, des contre, et de tous les autres, qui argumentent ou qui s'indignent.
Je me force un peu, parfois. Parce que ç…