GR20

Les bourrasques de vent atténuent quelque peu la chaleur du soleil, mais soulèvent sable et poussière, ce qui encombre la respiration. Chaque pas devient plus difficile. La montagne corse se dresse devant moi. Je savais que le GR20 n’était pas une promenade de santé, mais je ne m’étais pas imaginé à quel point certains passages de cette randonnée étaient raides. 
Voilà plus d’une heure que je gravis ce versant, le col ne doit plus être bien loin. Ne pas réfléchir, ne pas s’arrêter, poursuivre sans se poser de question. À trop faire des pauses, on s’essouffle. Je n’ai aucune expérience de la randonnée - à part quelques semaines en colo, pour visiter les châteaux cathares, quand j’avais 12 ans -, mais je commence à comprendre certaines règles. Trouver un rythme de marche est la plus essentielle, sans doute.

Adrien est plus haut, et donc plus proche de la fin. C’est lui qui porte la gourde, et cela m’encourage à presser le pas. La perspective de cette récompense m’aide à persévérer. Je pourrais aussi attendre David, en contrebas (lui aussi a une bouteille d’eau accrochée à son sac) mais je préfère en finir.  Je pense à Robert Jordan, héros du roman d’Hemingway que je lis en ce moment, en l’imaginant dans les reliefs espagnols. S’inventer des histoires est le meilleur moyen de se dépasser physiquement, de ne pas penser à ses jambes douloureuses, à sa soif grandissante.
Les cailloux roulent sous mes pieds. À chacun de mes pas, le soleil semble taper un peu plus fort. Dans quelques minutes, je serai là-haut, allongé sur le flanc, à admirer une vue splendide : toute l’île-de-Beauté à la portée du regard : la mer méditerranée visible à l’ouest et à l’est, en même temps. Un vrai panorama. Mais je ne le sais pas encore. Pour le moment, je suis celui qui gravit la montagne, celui qui lève avec difficulté les jambes, celui qui peine, celui qui respire cet air brûlant, celui qui a soif.  Une phrase, prononcée un peu plus tôt par un randonneur inconnu, me revient : “Dis-toi qu’à chaque pas, tu n’as jamais été aussi proche du but”. Je la trouve un peu stupide, mais je m’y accroche malgré tout.
Voilà enfin le sommet ! Grandiose… À l’immense satisfaction d’être parvenu là-haut s’ajoutent d’autres plaisir. Le plaisir offert par le paysage, magnifique ; le plaisir du vent qui devient un allié réconfortant, après avoir été cet ennemi incessant pendant la montée ; le plaisir de retrouver d’autres marcheurs, à la mine réjouie, les jambes étendues, et profitant déjà pleinement du soleil ; le plaisir de savoir que le refuge n’est plus très loin, et qu’on pourra planter la tente, installer les affaires, se débarrasser quelques temps de ces sacs trop chargés, manger, et dormir, enfin.
Bon j’en rajoute un peu. La partie sud du GR20 que j’ai faite avec deux amis la semaine dernière - avant de profiter des plages du sud de la Corse - est moins difficile que la partie Nord. On marche beaucoup, c'est vrai, on escalade, on monte, on descend, on franchit divers col, mais ça reste accessible. Et ça vaut la peine ! Un vrai dépaysement, des chemins en pleine nature, des noms que je n’oublierai pas de sitôt : Vizzavona, Capannelle, Prati, Usciolu… Sans parler du sanglier corse ou de la Pietra. 
De vraies vacances, en somme. 

Commentaires

  1. Plus que 17 jours avant de retrouver le maquis corse et des "bouts" du fameux GR20.
    Merci pour l'escapade virtuelle en attendant la véritable échappée!

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Message reçu, message lu : le cauchemar moderne

La foule familière de passants inconnus

Du nœud au dénouement