Qui donc, qui donc…


Et si j'avais besoin de moi
d'un vrai sommeil
blond de même qu'un éveil
d'une ville s'évadant dans la jungle ou le sable
flairée nocturne flairée
d'un dieu hors rite ou de toi
d'un temps de mil et d'entreprise

et si j'avais besoin d'une île
Bornéo Sumatra Maldives Laquedives
si j'avais besoin d'un Timor parfumé de sandal
ou de Moluques Ternate Tidor
ou de Célèbes ou de Ceylan
qui dans la vaste nuit magicienne
aux dents d'un peigne triomphant
peignerait le flux et le reflux

et si j'avais besoin de soleil
ou de pluie ou de sang
cordial d'une minute d'un petit jour inventé
d'un continent inavoué
d'un puits d'un lézard d'un rêve
songe non rabougri

la mémoire poumonneuse et le cœur dans la main
et si j'avais besoin de vague ou de misaine
ou de la poigne phosphorescente
d'une cicatrice éternelle

qui donc,
qui donc,
aux vents d'un peigne triomphant
peignerait une fumée de climats inconstants

qui donc, 
qui donc,
Ô grande fille à trier sauvage condamnée
en grain mon ombre
des grains d'une clarté
et qui savamment entre loup et chien m'avance 
attentif à bien brouiller les comptes.

Aimé Césaire


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