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L'innocence du devenir

La plupart des personnes que je croise ces derniers jours ont l’air mélancolique. Leur regard se perd dans le vide, leur démarche est plus hasardeuse ; leur sourire, même, semble parfois teinté d’une tristesse passagère. 

La vie en vrac

Comme si tout le monde était un peu perdu, un peu pommé en automne, emporté par la vie comme un bouchon de liège sur l’eau. Ça m’a fait penser à cette phrase d’un très bon film que j’ai vu la semaine dernière, Oh Boy : 
“Tu as déjà eu l’impression que les gens qui t’entourent sont étranges… mais quand tu y réfléchis mieux, tu te rends compte qu'en fait, le problème vient de toi ?”
Puisque je parle cinéma, le dernier film de Klapisch, troisième et dernier volet de la saga de l'Auberge espagnole, vient accentuer ce trait. Le réalisateur le dit et le redit, à longueur d'interview, ce qui l'intéresse, c'est le vrac de la vie : “Je ne souhaite à personne d'être en vrac. Écrire un scénario, c'est ranger [sa vie]. Ce qui m'intéresse, c'est de donner un sens à tout ça…”.

La vie de tous ces autres, croisés ce matin dans la rue ou dans les transports en commun, est-elle à ce point désordonnée ? C'est comme ça que ça se passe ? Plus le temps file, plus les choses deviennent complexes, imprécises, plus les doutes s'accumulent ? 

Retrouver le naturel

Je n'en sais rien.
D'ailleurs, je ne pense pas que le vrac, en lui-même, soit une vertu. Ce qu'il faut rechercher, par-dessus tout, ou plutôt retrouver, c'est une forme d'insouciance, de spontanéité. 


C'est ça que l'on perd avec l'âge, si l'on n'y prête pas attention : l'innocence du devenir.
C'est dépouiller le devenir de son innocence qu'attribuer à une volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité le fait d'être de telle ou telle manière”. Nietzsche
Il n'y a rien de plus essentiel, sans doute, que de vivre simplement, et naturellement. Ne pas toujours chercher à tout anticiper, ne pas vouloir tout maîtriser.

Contrairement à l'idée reçue, si vous chassez le naturel, il ne revient pas au galop

Dans un premier temps, il ne revient pas du tout. 
Vous vous retrouvez avec ce que vous vous êtes construit pour vous protéger : une image de vous-même, et puis votre responsabilité, vos impératifs quotidiens, vos manières de savoir-vivre, votre politesse, votre salaire, vos envies matérielles…et toutes ces inventions humaines qui sont à l'origine du vrac existentiel.

C'est à ce moment là, le plus souvent, qu'on se retrouve un peu perdu.


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