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La nuit est tombée

La nuit est tombée”. Que j'aime cette expression ! 
Comme la pluie, comme la neige, comme la pomme de l'arbre, comme la femme enceinte, la nuit tombe. C'est à la fois étrange, comme formulation, et évident, comme image ; surtout à la fin d'un mois de Novembre. En quelques secondes, quelques minutes - tout au plus -, il fait nuit noire, l'obscurité est partout, le bleu du ciel est oublié, les réverbères illuminent les boulevards. On change d'espace, on change d'atmosphère… et tous les chats deviennent gris.
On se retrouve assis, chez soi, au bord du lit, à tapoter quelques mots sur son ordinateur. On était quelques heures plus tôt dans un tout autre espace, dit “ouvert” (open space), moins silencieux, avec une lumière bien moins tamisée, concentré sur des sujets autrement plus sérieux. La métamorphose n'en est que plus forte. A priori, on n'est plus salarié, on n'est plus employé, mais simple personne humaine. Éventuellement père ou mère de famille. On sort un instant de la vie active (pour retrouver une vie passive ?), on fait un pas de côté.

La difficulté, pour de nombreuses personnes, c'est de parvenir à sortir de la journée de travail. Ne plus regarder ses mails, ne plus guetter son portable, ne plus penser aux projets en cours. Comme on plonge la tête dans l'eau du bain, il faut parvenir à faire le vide, se couper de tout ça. “Oublier tout”, pour reprendre l'une des réclames les plus récurrentes sur France Inter, le matin.

Cette coupure nécessaire, chacun la connaît. C'est un peu cliché, voire totalement cliché, à présent que les smartphones ont pris cette place prépondérante dans la vie de pas mal de personnes. Mais je ne voudrais pas donner le sentiment que les nouvelles technologies nuisent au saint repos du soir. C'est bien plus complexe, comme souvent.

En tout état de cause, quand la nuit tombe, il se passe quelque chose.


La coupure se fait qu'on le veuille ou non. C'est du moins mon impression. D'ailleurs, il est parfois agréable de bosser le soir, au calme, et même quelquefois chez soi. 

La nuit est tombée. Je suis justement chez moi. Je suis de bonne humeur, depuis ce matin. Et je me dis que c'est plutôt une bonne chose que cette bonne humeur persiste, malgré les aventures de la journée. Heureusement, il n'en va pas des humeurs comme du jour et de la nuit, et il est rare de passer d'un état d'allégresse à une mélancolie soudaine.


La nuit tombe, l'humeur reste. 
Ou, pour le dire autrement, “vienne la nuit, sonne l'heure, les jours s'en vont, je demeure”.

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