Accéder au contenu principal

Le web est-il une voie sans issue ?

Toute entreprise qui songe à développer une approche sur les médias sociaux doit commencer par se poser une question fondamentale : “Pourquoi investir ces espaces communautaires ?”. Cet impératif,  je l'ai entendu des centaines de fois, de la part des blogueurs, des spécialistes, des consultants en communication. Je l'ai lu partout, décliné de différentes façons : 
Avant toute chose, il faut savoir ce qui motive une stratégie sur les plates-formes communautaires. Ne surtout pas y aller parce que c'est à la mode. Se fixer des objectifs, en amont. Considérer la question avec sérieux.
D'une certaine façon, cela va de soi. Et ce qui vaut pour les entreprises vaut en partie pour les particuliers. Qui crée un blog doit avoir une idée derrière la tête. Il semble évident que le Web Social impose la mise en place de stratégies. Et bien entendu, toute stratégie mérite réflexion

“Il faut savoir ce qu'on veut, et que l'on veut quelque chose” Nietzsche. 

C'est d'ailleurs dans l'intérêt des agences spécialisées. Rappeler cet impératif leur permet de proposer leur aide pour élaborer une stratégie efficace. En substance, leur message se décline ainsi en deux temps : “aux médias sociaux correspondent des règles spécifiques. Mais tout va bien, car nous sommes là pour vous accompagner”. Voilà sans doute aussi pourquoi le premier des dix commandements mis en exergue par les professionnels est : “tu sauras ce qui t'amène à investir le Web Social”.

Précipitation ou Anticipation

Sur le fond, il est évident que la présence en ligne, l'e-réputation, ou encore la conversation entre la marque et les internautes, sont des sujets importants, à ne pas prendre à la légère. Il faut par ailleurs savoir anticiper, dans une certaine mesure, pour mieux gérer ensuite. Pour ne pas être dans la précipitation. 
Cette fable de La Fontaine illustre bien le sujet, je trouve : 

Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami bouc, des plus haut encornés : 
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L'autre était passé maître en fait de tromperie.

La soif les obligea de descendre en un puits. 
Là, chacun d'eux se désaltère.
Après q'abondamment tous deux eurent pris,
Le renard dit au bouc : “Que ferons-nous compère ? 
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
Lève tes pieds en haut et des cornes aussi ;
Mets les contre le mur : Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m'élevant,
À l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi. 
Je n'aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue”.

Le renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience. 
“Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence,
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n'aurais pas, à la légère,
Descendu dans ce puits. Or, adieu, j'en suis hors ;
Tâche de t'en tirer et fais tous tes efforts ;
Car, pour moi, j'ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin”. 

En toute chose, il faut considérer la fin.

Si l'on compare les médias sociaux à ce puits dans lequel s'engouffrent “nos deux compères”, chacun tient j'imagine à se trouver du côté du renard. Ce que j'aime particulièrement dans cette fable, c'est qu'il est aussi question de confiance. Or justement, la confiance est au cœur des médias sociaux. Un article très intéressant publié sur read write web mettait d'ailleurs en avant l'importance du trust management, en lieu et place du community management. Ce qu'une marque gère sur les réseaux sociaux, ce ne sont pas des communautés, mais c'est la confiance que lui accordent ces communautés. 

L'histoire sans fin

En l'occurrence, le bouc a fait confiance au renard. S'il eût été moins dupe, il n'aurait pas écouté le renard, et tous deux seraient restés à croupir au fond du puits. 
Aussi, je ne sais pas s'il faut vraiment toujours considérer la fin. 
Il faut aussi savoir s'aventurer, prendre les chemins de sous-bois. Ne pas toujours tout anticiper. C'est aussi ça, Internet. Un espace où l'on doit tenter certaines choses. Expérimenter. Ne pas être paralysé. Avoir confiance. 
Car on ne sait pas comment tout cela va évoluer, on ne sait pas ce que sera le Web dans cinq ans, on ne sait pas ce qui peut se passer.
C'est une histoire sans fin, qu'il faut simplement contribuer à écrire.
The Strokes - The End Has No End par kirk29

Commentaires

  1. Une fois que l'on sait ce que l'on veut et que l'on sait vouloir quelque chose, il reste un autre facteur essentiel selon moi : l'audace.

    Je pense que la phase de "normalisation" qui consiste à aborder le web avec une stratégie et en faisant les choses dans le bon ordre avance, mais pour moi le plus grand défi pour les marques (et parfois les agences) est de savoir prendre des risques et oser..

    RépondreSupprimer
  2. Merci Nicolas pour ce commentaire. Et je partage ton avis.

    RépondreSupprimer
  3. Can't you find some other guy?
    Oh no!

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Putain, dix ans

© illustrationHeart Machine
Cela fera dix ans cette année. Dix ans que j'ai créé ce blog. Le premier post de L'avenir est à réinventer a été publié en octobre 2009. Des centaines ont suivi. J'ai parlé de philosophie, de littérature, de poésie. J'ai parlé de l'évolution des technologies, des médias sociaux, et de politique. J'ai parlé de ma vie, plus ou moins explicitement, de mes amours, de mes amis, de mes emmerdes. De mon spleen, parfois ; de mes espoirs, souvent. 
De nombreuses personnes ont laissé des commentaires, ont réagi, ont répondu, m'en ont parlé quand je les rencontrais. Certains de mes billets trouvaient un écho particulier. J'ai reçu des messages auxquels je ne m'attendais pas. Ça m'a encouragé à poursuivre. J'ai fait des rencontres, grâce à ces mots que je postais en ligne. Des gens qui me connaissaient peu ont pu découvrir des points communs, des intérêts partagés. 
Je vais continuer. Continuer d'écrire, ici, parce que c&…

Message reçu, message lu : le cauchemar moderne

Désormais, sur la quasi-totalité des réseaux sociaux et des moyens de communication modernes, vous avez la possibilité de savoir quand votre interlocuteur a reçu (et lu) votre message. Dans un temps fort lointain, les lettres prenaient plusieurs mois avant d'être découvertes, et parcourues. Certaines tombaient de la diligence, en chemin. Il était impossible de savoir si votre interlocuteur l'avait bien réceptionnée, jusqu'au jour où sa réponse apparaissait enfin dans votre boite aux lettres. Et le bonheur était alors considérable.
L'autre a lu mon message
Aujourd'hui, non seulement un message peut être lu immédiatement, mais vous êtes informé de cette lecture tout aussi immédiatement. Sur Facebook, sur WhatsApp, sur iMessages, des indications grisées viennent vous apporter ces éléments d'information.  Vous savez aussi si la personne est - ou non - derrière son mobile, à l'instant T. Ou depuis combien de temps elle n'est plus connectée, ou plus “active” (…

Je Me Force Un Peu Parfois

Je me force un peu, parfois.  Je me dis que ça fait longtemps, que j'ai reçu de nombreux encouragements depuis que j'ai commencé à écrire, ici, et que cela devrait suffire à m'inciter à poursuivre, régulièrement. Je suis heureux d'avoir plusieurs fois trouvé les mots pour parler de certains sentiments, de certaines impressions, qui avaient de la valeur à mes yeux. Heureux d'avoir réussi à transmettre - des idées, des envies, des émotions peut-être ? - ce qui autrement serait resté au fin fond de ma conscience. 
Se forcer à écrire, pour soi, d'abord, et pour les éventuels lecteurs nocturnes qui souhaitent lire autre chose que des analyses politiques post-conférence de presse / post-grand débat national / post-gilets jaunes. Ou bien des dissertations sur la reconstruction de Notre-Dame, à l'identique ou surtout pas. Cet éternel retour, des pour, des contre, et de tous les autres, qui argumentent ou qui s'indignent.
Je me force un peu, parfois. Parce que ç…