assis en haut des marches


Je ne sais pas très bien ce que j'ai envie d'écrire ce soir. Mais je sais que j'ai envie d'écrire. Alors je vais faire simple. Je vais écrire ce qui me vient en pensée. Le tout et le n'importe quoi qui passe par ma tête, ce dont je me souviens comme ce que j'anticipe, ce que j'imagine comme ce que je vois.
Je voulais écrire donc, mais j'hésitais entre deux options qui finissaient par s'annuler l'une l'autre :

- écrire sur un sujet profond, et pourquoi pas sur le plus terrible qui soit, à savoir la mort. Je lis en ce moment Le jardin d'Épicure de Irvin Yalom. J'attends beaucoup de ce livre, sans doute beaucoup trop. J'ai l'intime conviction que personne n'a jamais su parler de la mort comme il faudrait. Personne n'a jamais affronté de face son angoisse existentielle ; ou, du moins, personne n'a jamais osé l'exprimer dans ce qu'elle a de plus effroyable, c'est-à-dire au fond dans sa totalité. Les aphorismes sont nombreux. Les allusions et les détours se comptent par centaines. Le sujet est abondamment traité, mais jamais pleinement. La plupart du temps, la mort est à peine effleurée. Il est sans doute impossible de « regarder le soleil en face », pour reprendre les mots de la Rochefoucault (« le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement »). Le livre d'Irvin Yalom a pourtant cette ambition. Je crains simplement que l'approche épicurienne qui est la sienne ne me déçoive, comme toujours. Prétendre que la mort n'est rien pour nous est un contresens qui me choque, qui me déplaît énormément. La mort est rien. Elle est précisément ce rien, ce néant effrayant, et c'est pour cela qu'elle est traumatisante, redoutable, haïssable, et profondément angoissante.

- Prenant conscience du manque de gaité dont pâtirait immédiatement ce blog si je me laissais écrire ces appréhensions existentielles, je penchais également pour un sujet plus superficiel, plus simple. Je voulais partager mon savoir récent, parler des techniques publicitaires, de ladisruption, de la communication 360° on line & off line, des derniers enjeux des TIC, du positionnement d'Air France, de la creative business idea d'Euro RSCG pour Évian, du retour d'Hollywood chewing-gum face à Wrigley (Freedent + Airwaves), etc. Mais c'était pour le coup trop léger, trop scolaire, trop superficiel.

Je me retrouvais donc dans l'indécision. La pensée qui me vient immédiatement est la suivante : il n'y a rien de plus naturel que d'être indécis. Quiconque est attaché à la vie, quiconque a peur de la mort, souffre d'indécision chronique.
En effet, tout choix est un meurtre. Tout choix annihile en un instant le potentiel de chaque option délaissée. Choisir exclut. Pour chaque oui il doit y avoir un non, et chaque choix positif implique le renoncement à d'autres choix. Pour le coup, les philosophes ont su analyser avec pertinence ce problème. Leibniz par exemple, avec ses « possibles » et ses « incompossibles ». [Incompossible, si j'ai bien compris, ça signifie précisément qu'il y a des choses qui ne sont pas possibles simultanément ; qu'en optant pour l'une d'entre elles, j'interdis à toutes les autres d'exister].

Voilà où j'en suis. Nulle part peut-être. La nuit est tombée. Nous sommes Samedi.

Changement d'esprit, changement de ton. Une pensée différente émerge dans mon esprit. Elle est plus optimiste (c'est souvent ce qui se produit par ailleurs, un sursaut positif apparaît vers la fin).
Je suis motivé. La période de recherche de stage peut devenir particulièrement stimulante. Cela dépend de moi. Elle commence d'ailleurs a le devenir. « Deviens ce que tu es, fais ce que tu sais faire » : cette formule nietzschéenne provoque chez moi une double réaction : elle me motive, me stimule, m'encourage à chercher ce que je suis pour enclencher ce devenirfondamental ; et à côté de ça elle m'effraie un peu, car comment ne pas craindre de faire fausse route, de s'égarer, de se perdre dans ce que je ne suis pas ?
Elle est trop déterminante, probablement. Je pense qu'il faut savoir sortir des sentiers battus, se faire un chemin dans les broussailles, ne pas hésiter à changer de chemin, en essayer un autre, en sous bois, et puis se promener aussi, errer, se perdre pourquoi pas, un moment.

Je regarde le dessin magique de Escher. Cet escalier qui n'en finit pas. Ces êtres fantomatiques qui montent ou descendent sans cesse, et sans raison apparente. J'aime dans ce dessin les deux personnages qui sont hors du cycle infernal. Celui qui observe, appuyé sur une rampe, ses semblables étranges. Et cet autre, assis sur les marches, seul, qui regarde droit devant lui.

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