Accéder au contenu principal

Tenir bon

On mesure assez mal ce par quoi passent les gens qui nous entourent. Dans les transports en commun, comme sur les médias sociaux, la plupart des gens ont la pudeur de ne pas transmettre leurs inquiétudes. La mélancolie est souvent silencieuse, discrète, voire secrète. Pourtant, en permanence, on croise des personnes qui ne vont pas bien, des gens qui traversent ou qui ont traversé récemment des périodes sombres.

La p'tite Bill, elle est malade.
Elle a besoin d'une promenade
Avec un qui s'rait son amoureux,
Une heure ou deux.
La P'tite Bill, y a le temps qui presse.
Elle a besoin d'une caresse,
Des doigts gentils, des doigts doux,
Dessus dessous.

On ignore le mal-être de ces gens à qui l'on parle, parfois. Qui, peut-être, font un effort pour ne rien laisser paraître. Pour que le masque tienne. En apparence, il faut que tout aille bien, en dépit des angoisses, en dépit de l'air qui vient à manquer.

La vie m'a appris que beaucoup de personnes qui me semblaient fortes étaient - au fond - très fragiles. C'est ce dialogue entre Maeve et Jackson, dans la série Sex Education : elle, désemparée, face à la vie si parfaite de ce jeune sportif soutenu par ses parents. Lui, qui lui confesse alors tous les désordres de son existence. C'est cet autre couplet de la chanson de Souchon :

Bill, ma Bill, t'es comme tout le monde
Quand ça coule de tes yeux, ça tombe
Mais c'est pas des confettis,
Cette pluie.

J'ai eu mes périodes orageuses, mes traversées du désert, mes saisons en enfer. Je m'en souviens. Je sais ce que ça fait, de feindre que tout va bien. Je sais comment l'on se sent, dans la foule de tous ces autres, qui semblent si parfaitement heureux.

“You don't know what the fuck I've been through”.

Bien sûr, ce n'est pas facile. Quand il faut se relever, quand il faut continuer, quand il faut redoubler d'efforts, pour affronter le quotidien. Il y a les moments où l'on perd espoir, où l'on a l'impression qu'on ne va jamais y arriver.

Je nous trouve beaux, tous, autant que nous sommes. Par ce courage que nous avons malgré tout. Beaux par ce chantier intérieur, ce vrac existentiel, ce capharnaüm. Tenir bon, c'est ce qui permet de s'en sortir. De vivre d'autres époques, de renaissance, d'allégresse, de sérénité. De bonheur plus ou moins momentané. Sans oublier ce par quoi l'on est passé.

© illustration BEAMMM

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Putain, dix ans

© illustration   Heart Machine C ela fera dix ans cette année. Dix ans que j'ai créé ce blog. Le premier post de L'avenir est à réinventer  a été publié en octobre 2009. Des centaines ont suivi. J'ai parlé de philosophie, de littérature , de poésie . J'ai parlé de l'évolution des technologies, des médias sociaux, et de politique. J'ai parlé de ma vie, plus ou moins explicitement, de mes amours, de mes amis, de mes emmerdes. De mon spleen, parfois ; de mes espoirs, souvent.  De nombreuses personnes ont laissé des commentaires, ont réagi, ont répondu, m'en ont parlé quand je les rencontrais. Certains de mes billets trouvaient un écho particulier. J'ai reçu des messages auxquels je ne m'attendais pas. Ça m'a encouragé à poursuivre. J'ai fait des rencontres, grâce à ces mots que je postais en ligne. Des gens qui me connaissaient peu ont pu découvrir des points communs, des intérêts partagés.  Je vais continuer. Continuer d'éc

Message reçu, message lu : le cauchemar moderne

D ésormais, sur la quasi-totalité des réseaux sociaux et des moyens de communication modernes, vous avez la possibilité de savoir quand votre interlocuteur a reçu (et lu) votre message . Dans un temps fort lointain, les lettres prenaient plusieurs mois avant d'être découvertes, et parcourues. Certaines tombaient de la diligence, en chemin. Il était impossible de savoir si votre interlocuteur l'avait bien réceptionnée, jusqu'au jour où sa réponse apparaissait enfin dans votre boite aux lettres. Et le bonheur était alors considérable. L'autre a lu mon message Aujourd'hui, non seulement un message peut être lu immédiatement, mais vous êtes informé de cette lecture tout aussi immédiatement. Sur Facebook, sur WhatsApp, sur iMessages, des indications grisées viennent vous apporter ces éléments d'information.  Vous savez aussi si la personne est - ou non - derrière son mobile, à l'instant T. Ou depuis combien de temps elle n'est plus connectée,

Ne pas cesser d'écrire

N e pas se poser trop de questions. Ne pas chercher en vain qu'un sujet vienne miraculeusement se proposer, neuf, beau, inspirant, original. Pour quiconque a déjà tenu un blog, il arrive qu'on se retrouve coi, interdit. L'équivalent du syndrome de la page blanche, pour l'écrivain. Si cela se produit après deux semaines de blogging, il faut se faire une raison, et passer à autre chose. Mais lorsque cela survient après cinq ans de posts réguliers, c'est légèrement différent.  J'aime - et j'ai toujours aimé - écrire. Des lettres, des mots, des feuilles qu'on fait passer discrètement dans la salle de classe, lorsque le professeur a le dos tourné ; mais aussi des nouvelles, des mails, des DM, des correspondances facebookiennes. C'est un plaisir de sentir mes doigts qui pianotent sur le clavier, de voir ces mots qui se forment sous mes yeux, sortis de nulle part - sortis de moi. Pendant quelques jours, on se trouve des raisons, pour expliq