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Je ne m'ennuie plus assez

J'ai quelques souvenirs - lointains - d'une époque où je parvenais à m'ennuyer fermement, certains jours. L'inactivité, pleine et entière. Ce n'était pas du repos, ni de la paresse, encore moins de l'oisiveté. C'était le néant, la pendule au salon, les boiteuses journées. C'était le temps des études, où les semaines étaient parfois bien creuses, les agendas bien parsemés. 

Ce blog me permettait de transformer l'ennui en inspiration, de rompre l'habitude passive - celle qui consiste à regarder béatement la télévision sur un canapé, ou à scroller des heures sa time line, sur Twitter, sans plus savoir ce qu'on y cherche - en introduisant mes propres sujets de prédilection, en parlant de ce dont j'avais envie de parler, en créant, à mon tour, du contenu, pour le mettre sur la Toile. 

L'ennui n'était pas toujours source d'inquiétude, ou de mélancolie ; ça me rendait parfois parfaitement heureux, de ne rien faire. Mais enfin, en tout cas, l'ennui m'était familier. 


Aujourd'hui, c'est un peu différent. J'ai le sentiment que les journées sont systématiquement trop courtes. Et je ne parle même pas des nuits. Les projets sont nombreux - professionnellement et personnellement -, les impératifs s'accumulent, et j'ai sans doute aussi pris l'habitude de combler les trous dès que ceux-ci s'offrent à moi. 

En relayant tel ou tel message, sur tel ou tel média social ; en rencontrant telle ou telle personne, même pour quelques instants seulement ; en me lançant des défis personnels, comme lire l'intégralité de la Recherche du temps perdu - activité particulièrement chronophage, on s'en doute.

Et même quand il me reste quelques minutes devant moi, voilà que je me mets à écrire un billet de blog, pour continuer à le faire vivre, celui-là. Qui sait ? Peut-être que l'ennui reviendra plus vite que je ne le pense. J'aurais au moins le loisir, alors, de me replonger dans les méandres de ce blog, pour lire tout ce que j'y ai écrit, depuis bientôt six ans. 

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