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Le fil des écouteurs

Le progrès, aussi fulgurant et considérable soit-il, s'accompagne toujours de quelques résistances. Comme si le passé venait se rappeler aux bons souvenirs de ceux qui sont résolument tournés vers l'avenir.

Quelque fois, c'est dans un détail infime que se joue ce contre-mouvement.

Au fil du temps

Lorsque je suis dans les transports en commun, enfin assis, et que je m'apprête à écouter de la musique, je me fais souvent cette réflexion. L'envie d'écouter mélancoliquement ces mélodies connues, sauvegardées précieusement sur mon iPhone, s'accompagne d'abord du plaisir de vivre au XXIe siècle : un siècle où des centaines de chansons peuvent être contenues dans un téléphone que l'on emporte avec soi. Jamais nos ancêtres, même les plus imaginatifs, n'auraient pu concevoir une telle éventualité : tout un monde de musique accessible immédiatement, du bout des doigts.

Les voyageurs modernes sont chanceux.

D'autant que c'est à une époque où les trajets sont les plus confortables, les plus rapides, que l'on ajoute ce confort musical ; il y a là une grande injustice. Je suis certain que les hommes et les femmes du XVIIe siècle auraient aimé écouter un peu de Bach pendant leurs voyages chaotiques en diligence. Quite à être bringuebalé pendant des heures, dans la chaleur moite d'une cabine trop étroite, entassé avec d'autres passagers indélicats, autant que ce soit mélodieux.


Chaque fois que je suis dans les transports en commun, donc, je commence par mesurer la chance qui est la mienne. Encouragé par toutes ces pensées progressistes, et alors que je remercie silencieusement les ingénieurs informatiques inconnus qui m'ont offert par leur travail acharné le droit d'écouter ma playlist tranquillement, le temps de rentrer chez moi, je sors mon appareil de la poche de mon manteau. Et là, à chaque fois ou presque, se produit ce contre-temps dont je parlais précédemment…

Je suis confronté à un problème : celui du fil de mes écouteurs.

Du fil à retordre

Pendant de (trop) longues minutes, me voilà contraint de démêler ces écouteurs de malheur. Comprenez-moi bien : mon envie d'écouter de la musique est à cet instant à son summum, et cet exercice laborieux me paraît absurde. Je savourais le présent, en plaignant mes ancêtres mélomanes privés de musique, et je me retrouve dans une situation grotesque où je dois désemmêler ces fils avec une certaine dextérité.

La même dextérité que celle de ces aïeuls qui passaient leur soirée d'hiver à tricoter et détricoter des pelotes de laines (oui, j'ai une image quelque peu clichée du passé, je le reconnais).


Depuis l'invention du walk-man, autant dire depuis l'antiquité, on est amené à démêler les fils de ses écouteurs avant de jouir pleinement des morceaux que l'on aime. Ça pose quand même un vrai problème, non ?

Ça démontre en tout cas que certaines inventions emportent avec elles quelques stigmates.


Dans tout progrès, vous trouverez l'empreinte du passé.

Ce billet de blog aborde l'un des sujets les plus importants de notre époque, j'espère que vous vous en rendez bien compte.



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