Trois femmes courageuses

5.5.15 Basile Segalen 0 Comments

Il faut bien dire ce qui est, c'était impressionnant de voir ces femmes, à ce balcon. Devant une foule injurieuse, dont la rage ne cessait de croître, il fallait du courage sans doute pour garder un tel aplomb. Sur l'estrade en contre-bas, une autre femme - Marine Le Pen - demeurait silencieuse, coupée dans son élan. Elle ne pouvait plus haranguer la foule, en brandissant les sujets d'inquiétude (l'immigration, le terrorisme, l'insécurité…) comme un matador qui agite son drap rouge devant le taureau de l'arène aux yeux révulsés. 

C'était impressionnant, aussi, de voir ces hommes - pour le coup - surgir derrière elles, brusquement ; et les empoigner avec une telle violence, pour les projeter vers l'arrière. Comme s'ils cherchaient à les faire disparaître des caméras de télévision, à tout prix. Leur rage, pour ne pas dire leur fureur, était transparente. Ces femmes semblaient les avoir rendu fous.

À bas, à bas, le Front National

Qu'avais-je fait, moi, ce jour-là, pour contrer la montée de l'extrême-droite dans mon pays ? Rien. J'étais inquiet, bien sûr - et je le suis toujours : inquiet de voir que se banalisent certaines idées. ; Inquiet du climat qui s'installe depuis plusieurs années maintenant.
Et pourtant, je n'avais rien fait pour éviter cela. Comme toujours, je me suis contenté de publier un ou deux tweets, comme si cela avait le moindre impact sur le cours des choses.

Bien souvent, collectivement, nous nous contentons de rire, face au danger. Nous nous amusons avec la tenue rouge du père, pour ne pas voir l'ascension continue de la fille.
Ces trois femmes, à ce balcon, ne riaient pas, elles. Elles agissaient.


Où étions-nous, à ce moment-là ? Nous qui défendons d'autres idées que celles du Front National ? Nous qui aimions chanter Fils de France au lendemain du 21 avril ? Pourquoi n'y avait-il personne, à part ces trois femmes courageuses, pour dénoncer la montée du FN en France ?

Le danger de l'insouciance 

Le danger, aujourd'hui, c'est de demeurer indifférent quand des journalistes se font agresser par une foule en colère. Le danger, c'est de croire que la loi du mensonge cessera d'elle-même ; que les "applaudissements imbéciles et les huées fanatiques" n'auront qu'un temps ; le danger, c'est de laisser s'installer jour après jour, semaine après semaine, des opinions radicales et néfastes ; c'est de céder à la tiédeur, au désintéressement ; c'est de demeurer impassible, quoi qu'il advienne, de se détacher de tout et de toujours tout relativiser.

Le danger, c'est de ne pas comprendre que l'optimisme n'a de sens que dans l'action. L'avenir ne se fera qu'avec ceux qui le voudront, et qui sauront se réveiller pour agir et défendre ce en quoi ils croient. Il ne faut pas en avoir rien à foutre. Au contraire.


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