Il y a quelques mois, j'ai commencé l'escalade. J'y vais deux à trois fois par semaine, et je progresse bien dernièrement. C'est très agréable de parvenir à dépasser des points qui semblaient pendant des semaines infranchissables. De débloquer des passages, en changeant la position d'une main, ou en équilibrant autrement son corps face au mur.
Cet été, j'ai eu la chance de bénéficier des conseils d'un professeur d'escalade. Tom - c'est son prénom - m'aidait à comprendre la meilleure façon de lire une voie. Et certains détails, a priori anodins, changeaient tout. En approchant légèrement la hanche, ou en changeant de pied sur une prise, j'arrivais soudainement à progresser beaucoup plus vite en faisant moins d'efforts.
Partitions de vie
Ça m'a fait le même effet que le jour où ma professeure de piano, à l'époque, m'avait indiqué un doigté différent. Doigté qu'elle avait indiqué au crayon à papier sur la partition et qui, d'un seul coup, avaient libéré mes mains et fait naître la mélodie espérée. Il suffit parfois d'un conseil, minime, pour déclencher une progression immédiate.
Je crois que c'est aussi ce que je ressens, vis-à-vis de l'existence, lorsque je lis Aragon. Bien souvent, je tombe sur une formule poétique, ou sur quelques mots, qui me font voir la vie différemment. J'ouvre un livre, et s'imprime à ma rétine ce qui changera mon regard sur le monde :
"Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première.
Il y aura toujours l'eau, le vent, la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant".
Comme s'il m'avait indiqué au crayon à papier des clés de compréhension de la vie-même. Simples. Évidentes-même, peut-être. Des choses que je savais déjà, ou que je ressentais plutôt sans le savoir. Au moment précis où je lis ces lignes, elles s'impriment à ma conscience.
Détails universels
"Il y aura toujours un couple frémissant pour qui ce matin-là sera l'aube première". Comment ne pas ressentir cette vérité éternelle ? Chaque matin où le soleil se lève correspond, pour quelqu'un sur terre, à un moment béni, à une première nuit passée avec la personne qu'il aime déjà peut-être. Les "moments de bonheur" que je vis ont été vécus avant moi par tant d'autres, et tant d'autres suivront ensuite.
"D'autres viennent. Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix.
D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages".
Merci à ces personnes qui m'aident à gravir des murs infranchissables, à déchiffrer des partitions, à enrichir mon regard sur la vie. Merci de m'ouvrir les yeux sur ces aubes premières.


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