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La peur de l'avenir

Oui, ça fait flipper, l'avenir. Quand on a dix-sept ans, qu'il faut faire des choix de vie, opter pour “une orientation”, décider du chemin qu'on empruntera dans les prochaines années. Quand tout reste à faire encore. Sans compter qu'on ne mesure pas toutes les répercutions de nos actes : choisir ses études, c'est choisir les personnes que le destin nous fera rencontrer, aussi, bien souvent. C'est potentiellement choisir ses amis, voire la personne avec qui on fera sa vie, même si ce n'est pas à cela qu'on pense quand on décide de faire une prépa, plutôt qu'une licence de lettres.

Faire ses preuves, encore et encore

Ça fait flipper, l'avenir, quand on a vingt ans, et qu'on passe des heures à la bibliothèque pour préparer des concours ou des examens. Quand on lit chaque jour dans les journaux qu'il n'y a pas d'emploi, que la crise est éternelle, que le chômage perdure. Ça fait flipper, de se dire qu'il va falloir faire ses preuves, puis savoir se distinguer, puis savoir se vendre. Démontrer à des professeurs, à un jury, qu'on vaut quelque chose. Puis s'illustrer devant un potentiel employeur. Et encore un autre. Avant de le faire devant son manager. Tous ces entretiens. Toutes ces évaluations. 

Ça fait flipper, l'avenir. Quand on tombe amoureux, qu'on ne sait pas à quoi ça mène, qu'on ne sait pas quand ça finira, qu'on se demande si on sera capable de se relever, en cas de rupture. Ce n'est pas si facile, d'être en couple, de se construire à deux. C'est vertigineux, aussi. C'est démesuré. La passion, les folies, l'espoir qu'il y a derrière tout ça. L'engagement qu'on met dans une relation. La partie de soi qu'on investit. 


C'est flippant, aussi, de commencer la vie active, de devenir adulte, de payer ses impôts, sans savoir ce qu'on deviendra dans cinq, ou dix ans. Choisir le confort, ou l'aventure. Remplir les missions qu'une entreprise nous donne. Travailler, au quotidien. Démontrer qu'on peut en abattre, du boulot, quand on est jeune et fringuant. Ça fait flipper d'avoir des responsabilités. Et j'imagine que ça fait sacrément flipper de devenir père, de savoir qu'un enfant comptera désormais sur nous. Qu'il faudra être à la hauteur.

Au sommet de la montagne russe

Ça doit aussi faire flipper, l'avenir, quand on arrive à la retraite, qu'on ne sait pas précisément ce qu'on fera désormais. Ça doit faire flipper de voir comme le monde change, encore et toujours. Ça doit faire flipper de sentir la vieillesse poindre. De se demander si on tient le coup, si on arrive à suivre toutes ces évolutions, si on parvient à les comprendre. Si on n'est pas dépassé.

Oui, l'avenir, ça fait flipper. Exactement comme quand on se trouve en haut de la montagne russe, juste avant la descente, et que le vertige, l'allégresse, l'excitation, nous envahissent tout d'un coup. Mais c'est bon, finalement. Si ça fait flipper, c'est qu'on vit encore, bel et bien. C'est qu'on y pense, à cet avenir ; c'est qu'on l'envisage. C'est qu'on a le cœur qui bat. Le pire serait d'y être insensible. La peur de l'avenir est la preuve qu'on l'espère radieux, grisant, à la hauteur de nos espérances. Ça fait flipper, mais c'est tant mieux

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