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Du Bonheur, matin, midi et soir


Plusieurs fois, ces dernières années, je me suis senti réellement, profondément, heureux. Ces moments où l'on se met à sourire sans raison, comme ça, dans la rue. Ces soirs où l'on s'endort sereinement, sans se poser la moindre question, en quelques secondes. Vous avez envie de chanter et de danser, quand vous prenez le bus, de courir à perdre haleine, d'embrasser le premier (ou la première) venu(e), de vivre nu(e) à la campagne, de faire un festin de rois, de voyager en montgolfière.

Le problème, avec la vie

Le bonheur vous surprend, par son importance. Il vous emporte, littéralement. Vous comble de joie, d'allégresse. Plus rien ne peut à ce moment là vous arriver. Vous devenez en quelque sorte invincible, et c'est un sentiment des plus agréables.

Le problème, avec la vie, c'est que le contraire existe également. On peut se prendre de sacrées baffes, au détour d'une discussion, ou d'un diagnostic. On peut tomber malade, on peut s'engueuler, on peut perdre l'appétit, on peut apprendre une mauvaise nouvelle, on peut avoir un accident, on peut voir s'échapper sa bonne humeur, progressivement…


On peut désespérer, aussi. “La maladie mortelle” décrite par Kierkegaard, qui surgit un matin et vous bouffe de l'intérieur. “Le Temps mange la vie, et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur, du sang que nous perdons croît et se fortifie” (ça, c'est Baudelaire).

Les règles de la maison

Je m'efforce, pour ma part, jour après jour, de faire du bonheur une habitude, une marque de fabrique. Je m'en fous s'il m'arrive des crasses. Bien sûr je vais douiller, moi aussi, comme tous les hommes, finalement. Moi aussi je vais vivre des moments particulièrement tristes, moi aussi je vais avoir envie de crier mon désespoir, de pleurer toutes les larmes de mon corps. Moi aussi, je vais me retrouver, certaines nuits froides, à chercher le sommeil en vain, le ventre noué. Moi aussi je vais avoir des chagrins d'amour, des enterrements, moi aussi je vais connaître des trahisons, des coups bas, des échecs [lire : et si l'échec était la condition du succès]. 

Qu'importe. En attendant, je vais continuer de suivre scrupuleusement les règles de la maison.





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