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Les feuilles d'hiver


J'ai mal à la gorge. Ces cinq mots n'intéressent probablement personne, je le sais bien. Ils sont même nuisibles. Les quelques internautes, tombés sur ce site par hasard, d'abord étonnés par sa prétention (“réinventer l'avenir, voyez-vous çà…”) sont tentés de s'en détourner sans plus attendre. “Encore un blog sans intérêt”, pensent-ils. Pourtant, c'est vrai, j'ai mal à la gorge. Et j'ai besoin de le communiquer, ce mal. J'ai besoin d'en parler, car il m'ennuie. Et qu'en le décrivant, je prends conscience de sa petitesse, de son ridicule. Car j'imagine un lecteur détruit, malade, ou bien profondément déprimé. Et cela me fait culpabiliser.
En vérité, je crois que je manque un peu d'inspiration en ce moment. J'aimerais par exemple que Myrtille commente l'un de mes articles, mais je ne sais comment m'y prendre.
Tant pis, je ne vais pas me préoccuper de Myrtille. Lorsque l'on écrit un blog, on l'écrit avant tout pour soi, je crois. Qu'est-ce que j'ai envie d'écrire ce soir ? Qu'est-ce que j'aimerais trouver sur ce blog, si j'étais moi, mais si, tout en étant moi, j'étais un autre (oui, je sais, ça, ce n'est pas de moi, c'est d'un autre ; et quel autre !) qui tombait par hasard sur ce blog ? J'aimerais y apprendre quelque chose. Ne pas y perdre trop mon temps. Lire quelque chose de beau par exemple :
Je regarde autour de moi. Il n'y a rien de très intéressant sur mon bureau, un dictionnaire, une machine à café, une imprimante. J'ouvre un tiroir, sur la droite. J'y plonge la main. Je tombe sur un livre. Un petit livre bleu. Je regarde la tranche de ce livre : il s'agit des Feuilles d'automne de Victor Hugo. J'ouvre le livre au hasard. Voilà le poème que le hasard m'amène à lire, page 116.
Il a été écrit le 22 avril 1829 :

“ Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !

Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un  hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !”

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