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Penser à ceux qui souffrent, en buvant du champagne

Au moment des fêtes de fin d'année, il faut, paraît-il, avoir une pensée pour ceux qui souffrent, qui sont seuls, qui sont malheureux. Tous ceux “qui sont loin de chez eux, qu'on oublie peu à peu, et qui ont dans leurs yeux quelque chose qui fait mal, qui fait mal, qui fait mal”. Entre le foie gras et la dinde aux marrons, arrêtons-nous une seconde pour digérer en songeant à ces milliers de désespérés qui n'ont pas la même chance. Il n'est pas interdit de s'empiffrer, mais il faut le faire avec humilité et compassion pour ceux qui meurent de faim au même instant.

“T'entends pas ce bruit ? C'est le monde qui tremble, sous le cri des enfants qui sont malheureux” Renaud. 

Le message de n'importe quel représentant politique sera le même : des souhaits de bonheur pour le plus grand nombre, et une pensée particulière pour les autres. S'il ne procède pas de cette façon, on le lui reprochera. C'est convenu, mais apparemment nécessaire. Autrement, les braves gens s'offusqueraient.


J'ai la chance d'être heureux, en cette fin d'année 2013. Mais je m'interroge : si j'étais au comble du désespoir, est-ce que les pensées des autres - surtout ces pensées publiques, impersonnelles, aux pronoms indéfinis - me feraient vraiment du bien ?

Je ne crois pas. Je pense que cela me dépasserait complètement
Pour autant, et puisque c'est l'injonction générale, je tente d'imaginer le malheur ; pour mesurer la chance qui est la mienne de lui échapper pour l'instant, pour comprendre aussi que certaines choses sont réellement éphémères, fragiles, et par conséquent précieuses. Que rien n'est jamais acquis

Le malheur, certains auteurs en parlent très bien.

"On n'avait rien à faire, rien à entendre, rien à voir, autour de soi reignait le néant vertigineux, un vide sans dimensions dans l'espace et dans le temps". Stefan Zweig

C'est sur ce point que je voudrais terminer ce billet de blog. Souvent, quand tout va bien, les hommes manquent cruellement d'imagination pour se figurer la tristesse. Ou alors, c'est qu'ils ne se posent pas vraiment la question. Ils feignent la compassion, simplement.


Le malheur, ce n'est pas seulement la misère, la faim dans le monde, les guerres ou la maladie. Même si c'est bien sûr aussi cela. Le malheur a des formes variées, nombreuses, et nous touche directement. Il ne manque pas d'imagination, lui. Ce n'est pas un sujet de Journal télévisé. C'est beaucoup plus concret que ça. 

Raison de plus pour mesurer à quel point on a de la chance d'être heureux, quand tout va pour le mieux. Je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne fin d'année 2013, et j'ai une pensée singulière pour ceux qui sont profondément désespérés au moment de lire ces lignes.
Vous allez voir, l'année prochaine, tout ira mieux.
Avec un peu de chance.



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