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Affichage des articles du septembre, 2010

Alone in New York

Procrastination

Pourquoi remettre à demain ce que l'on peut faire après-demain ?

La sphère

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“Roulé dans tes senteurs, belle terre tourneuse,  Je suis enveloppé d'émigrants souvenirs, Et mon cœur délivré des attaches peureuses Se propage, gorgé d'aise et de devenir.
Sous l'émerveillement des sources et des grottes Je me fais un printemps de villes et de monts Et je passe de l'alouette au goémon, Comme sur une flûte on va de note en note. 
J'azure, fluvial, les gazons de mes jours, Je narre le neigeux leurre de la Montagne Aux collines venant à mes pieds de velours Tandis que les hameaux dévalent des campagnes.
Et comme un éclatant abrégé des saisons, Mon cœur découvre en soi tropiques et banquises Voyageant d'île en cap et de port en surprise Il démêle un intime écheveau d'horizons”. 
Gravitations, Jules Supervielle

Nietzsche & la Disruption

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Il y a des concepts qui tiennent aujourd'hui une place centrale dans la sphère de la communication. Dans un précédent post (réinventer, un impératif publicitaire), j'en évoquais déjà quelques uns. La Disruption attirait en particulier mon attention. Et pour cause : depuis vingt ans, ce concept a indéniablement marqué les esprits des professionnels de la communication, et sert souvent de référence - de façon plus ou moins consciente d'ailleurs. Nicolas Bordas a ainsi interprété le dernier ouvrage de Laurent Habib - Directeur Général d'Havas en France, et Vice-Président de l'AACC (l'Association des Agences Conseil en Communication) - en changeant systématiquement les termes “communication transformative” par “communication disruptive”. Il a pu constater que ces deux concepts avaient, disons, au moins quelque chose de familier. 
About Disruption
Pour expliquer en quelques mots ce que signifie ‘Disruption’, le plus simple est de reprendre les termes de son auteur, J…

The future of the book

Up up and away

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Je connais ça. Il est sept heure du matin. Le soleil se lève tout juste. La lumière du jour pénètre peu à peu dans ma chambre mais je ne m'en rends pas compte. Je dors encore. La tête plongée dans l'oreiller. Tout est suspendu. J'aime me représenter cet instant, ces quelques minutes qui précèdent le moment fatidique où le réveil finit par s'enclencher. Car il s'enclenche, l'imbécile. Julie tend le bras, et met fin à cette sonnerie qui vient d'interrompre mes rêves. Elle allume mécaniquement la radio. France Inter.  Et se rendort aussitôt. 
Je suis fatigué. Au bout de trois quarts d'heure, je finis par émerger un peu. Je prends une décision : aujourd'hui sera une bonne journée. Je me lève, je descends prendre une douche. Je pense à tous ces autres, qui au même moment font à peu près les mêmes gestes que moi, dans leur chez eux. Je me souviens d'une étude selon laquelle un Français sur cinq a le sentiment de n'avoir pas assez dormi lorsqu'il…

Nuages

La dernière feuille

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Dans l'un des fragments du discours amoureux, appelé “la dernière feuille”, Roland Barthes cite cet extrait du Voyage d'Hiver de Schubert :  “Çà et là, sur les arbres, il subsiste des feuilles. Et je reste souvent, pensif, devant elles. Je contemple une feuille et j'y accroche mon espoir. Quand le vent joue avec elle, je tremble de tout mon être. Et si elle tombe, hélas, mon espoir tombe avec elle”. 
Pour Roland Barthes, cette contemplation de “la dernière feuille” correspond bien à un état amoureux. “Consultations magiques, menus rites secrets et actions votives ne sont pas absents de la vie du sujet amoureux, à quelque culture qu'il appartienne”, note-t-il. Avant de poursuivre : 
“Pour pouvoir interroger le sort, il faut une question alternative (M'aimera/M'aimera pas), un objet susceptible d'une variation simple (Tombera/Tombera pas) et une force extérieure (divinité, hasard, vent) qui marque l'un des pôles de la variation. Je pose toujours la même ques…

Hong-Kong

Et si l'homme devenait immortel ?

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Quand j'étais enfant, vers mes huit ou neuf ans, j'avais terriblement peur de la mort. Une angoisse me prenait, à chaque fois que je me mettais à songer à ma fin, et à celle des personnes que j'aimais. Ne croyant déjà pas en Dieu, j'étais persuadé qu'une fois mon temps écoulé j'allais plonger dans le néant. Ou, disons, y replonger, puisqu'avant de naître je n'étais déjà rien. Comme une flamme qui apparaît un court instant, puis s'éteint, en quelque sorte.  En grandissant, ce sentiment persistait. Je ne comprenais pas comment les hommes pouvaient continuer à vaquer à leurs occupations, sereinement, sans affronter cette réalité terrifiante. J'en voulais à ce “peuple invisible d'aveugles éternellement entraînés à l'objet immédiat de leur vie”, comme le décrit si bien Paul Valéry. Surtout, je ne parvenais pas à concevoir qu'ils se préoccupassent de choses si futiles. Sur le moment, je souhaitais qu'ils prennent enfin conscience du pér…

the world in progress

Partir loin, très loin

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Le ciel est bleu. J'entends les gazouillis des oiseaux. Les vrais, pas ceux du micro-blogging. C'est pas mal non plus, d'ailleurs. Les rayons du soleil traversent les feuilles des arbres pour venir balayer l'herbe fraîche. Les perles de rosée étincellent. Les vraies, pas celles de Pearltrees. Une légère brise fait frissonner les fleurs du jardin. Et je suis là, avec mon macbook, au beau milieu de la campagne. 
Récemment, avec Mathilde, j'ai discuté d'Into the wild, et de cette envie partagée par tous les urbains de “partir loin, très loin”, de “tout plaquer” pour “aller vivre ailleurs”. Je remarque à ce propos que le héros de cette histoire vraie décide de partir à l'aventure le jour où il reçoit son diplôme. Il n'était peut-être pas au courant que “le diplôme demeure un bouclier efficace malgré à la crise”, comme nous le rappelle Le Monde daté du sept septembre. Peut-être avait-il lu un autre article du même journal, signé Louis Chauvel : “la valeur des…

Ethique et numérique

Penser par soi-même

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Je n'affirmerai point que de nos jours l'on ne pense pas. Mais on pense sur ce que quelques maîtres vous donnent à penser, en pense sur ce qu'ils pensent, si on ne pense pas exactement ce qu'ils pensent, en répétant ou en paraphrasant. En tout cas, on peut observer que trois ou quatre penseurs ont l'initiative de la pensée et choisissent leurs armes, leur terrain ; et les milliers d'autres penseurs croyant penser se débattent dans les filets de la pensée des trois autres, prisonniers des termes du problème qu'on leur impose. Le problème imposé peut avoir son importance. Il y a aussi d'autres problèmes, d'autres aspects de la réalité du monde : et le moins qu'on puisse dire des maîtres à penser, c'est qu'ils nous enferment dans leur doctorale ou moins doctorale subjectivité, qui nous cache, comme un écran, l'innombrable variété des perspectives possibles de l'esprit. 
Mais penser par soi-même, découvrir soi-même les problèmes est u…

Social media

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“Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux” Ionesco.

Décollage immédiat

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Avant que l'hiver ne vienne - il reste un peu de temps - ces images du Samu Social font réfléchir. Nous savons tous de quoi il s'agit. Nous connaissons tous cette réalité. Elle nous est familière. Et c'est bien ce qu'elle a d'infâme.

sunday

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Quelques jours en Normandie, pour voir la mer, se reposer, prendre l'air, prendre son temps. 
Le mois de septembre, déjà. L'automne qui s'annonce, avec, bientôt, la mélancolie des feuilles mortes jonchant les trottoirs, du vent balayant les boulevards, de la fine pluie qui tombe doucement sur la ville
Bientôt un an que je tiens ce blog, également. Ça commence à faire… 
Julie dort à mes côtés. 
J'entends les mouettes, par la fenêtre. Et Dutronc, chantant J'aime les filles dans la chambre de Damien.
Je vais dormir un peu. Moi aussi.

Victor Segalen, "prédicateur du divers"

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Retrouvé mort dans "les broussailles au haut du gouffre" de la forêt du Huelgoat, le 23 mai 1919, Victor Segalen gisait là depuis deux jours, le pied gauche profondément entaillé, ayant perdu beaucoup de sang, la tête posée sur son manteau plié, les yeux grands ouverts, avec à portée de main une édition d'Hamlet. Il avait quarante et un an. Cette fin solitaire, et comme mise en scène, devait ajouter pour longtemps un surcroît de mystère à une existence qui apparaissait déjà saturée d'aventures et de découvertes, d'intuitions et d'errances.
À l'image de Rimbaud, dont il avait très tôt repéré le parcours d'adolescent foudroyant-foudroyé, Segalen avait rejoint d'instinct le sillage de ceux, très rares, qui entendent forcer leur propre destinée en prenant le pari de l'inconnu, de l'ailleurs, jusqu'à risquer de ne s'accomplir qu'en catastrophe, et pas seulement par l'écriture. Avec lui le monde, mais sur un mode plus jubilant qu…

The beat of New York

Great